Cette semaine, portraits de deux petites héroïnes courageuses ! L'une se transforme en arbre pour fuir le harcèlement, l'autre utilise les livres pour ramener la paix dans le monde.

Couvertures de "Mirabelle Prunier" par Henri Meunier et Nathalie Choux  & de  "La Petite Lectrice" de Élodie Chambaud, illustré par Tristan Gion.
Couvertures de "Mirabelle Prunier" par Henri Meunier et Nathalie Choux & de "La Petite Lectrice" de Élodie Chambaud, illustré par Tristan Gion. © Editions Le Rouergue / Gautier Languereau
  • Mirabelle Prunier, d'Henri Meunier et Nathalie Choux 

C’est la fable du rejeton rejeté, fable sur la violence du harcèlement, l’exclusion et la bêtise ordinaire. Quand votre nom de famille est Prunier et que vos parents vous prénomme Mirabelle, ils méritent un procès. Devant l’inconnu, le malheur ou le danger, Mirabelle fait face, elle se tient droite comme un tronc. Métaphore qui est bien là son histoire, elle est la cible des moqueries, quolibets, Mirabelle est un aimant et le fer est partout. Elle ne rend pas les coups, pas plus qu’elle ne se rend. 

L’intelligence contre la bêtise, c’est parfois difficile, on la croit folle, les parents sont nuls, une île s’esquisse. Sur un bout de terre stérile, elle s’installe en lisière du village. Elle prendra doucement racine. Elle devient arbre, végétal pour s’écarter des humains. Parfois, un villageois jette un œil sur le tronc de ce prunier étrange, certain y devinent le souvenir d’un buste féminin.

Pour ses 22 ans, Mirabelle à la puissance placide des arbres. Dans ses veines coule une sève apaisée. Hiver, printemps qui bourgeonne, fleurs et puis …

Ils ne m’ont pas aimée… ? ils aimeront mes fruits. J’en ferai mon bonheur. 

En août, sa sève insolente chahute les branches, son cœur est d’aplomb, son âme souveraine, elle produira des prunes superbes. Vous verrez alors que le pire des arbres, dans la pire des terres peut produire des tonnes de prunes que l’on peut aimer. Oui, malgré les douleurs du passé et la dureté, nous pouvons produire du sucré. Et l’offrir.

Histoire d’une petite fille devenue grande qui fait front, écorce et tronc, qui fait vie. Henri Meunier n’élude pas la cruauté enfantine, le harcèlement. Ce livre atypique, sur fond de douce tristesse à l’origine et de poésie, est un message d’espoir à toutes les enfances qui semblent condamnées à un destin tout tracé.

Nathalie Choux, belle artiste depuis longtemps est à l’aise dans cet univers de conte où la nature et les animaux se manifestent comme un refuge. Ses illustrations disent qu’on peut conjurer le sort et que la douceur est possible. 

Mirabelle Prunier de Henri Meunier et Nathalie Choux. Editions Le Rouergue / Dès 6 ans

  • La Petite Lectrice de Élodie Chambaud et Tristan Gion 

Tout le monde connait les princesses esseulées, les rebelles, les aventurières et même les princesses flemmardes, mais connaissez-bien les princesses petits rats de bibliothèque ? 

Il était une fois une petite princesse très intelligente. Elle passait ses journées enfermée dans sa tour à dévorer des livres. Au moment du diner, son appétit pour la lecture lui servait de repas, au grand dam de ses parents, roi et reine. Elle passe ses journées enfermées dans sa tour. Qu’adviendra-t-il quand nous serons trop vieux pour gouverner le royaume ?

Fidèle à la tradition, le roi lui présenta des chevaliers : "Je suis venu vous sauver, Petite Princesse !". Elle répondait : "Euh.. Non, merci. Je peux me débrouiller toute seule."

C'est qu'elle apprenait tout un tas de choses dans les livres, comme fabriquer un antipoison ou savoir éteindre le feu des dragons. Malgré ses connaissances, ses parents étaient désespérés : et si Petite Princesse lisait des livres toute sa vie ?

Le roi eut une idée : passer une annonce dans le journal. Suite à cette publication, sept nains débarquèrent : "_On a vu l’annonce dans le journal du royaume (...).la petite princesse pourrait s’occuper de notre logi_s". Mais elle n'était pas plus une princesse à chevalier que fée du logis. Ceci dit, elle leur proposa mieux. Elle construisit pour les sept nains un robot aspirateur-serpillère-laveur-de-vitres-lave-vaisselle-lave-linge-cuiseur-vapeur-tondeuse.

Un jour, un monstre approcha du château avec beaucoup de fracas. Le bruit eut le don d’agacer la princesse. "Ce n’est pas un monstre qui va m’empêcher de connaitre la fin de mon histoire." Elle ne tarda pas à découvrir dans ses lectures comment venir à bout d’un monstre à six yeux : il suffisait de déposer des livres différents devant chacun d'entre eux pour lui donner le tournis. Mais elle comprit vite que même les monstres aimaient la lecture !

Ca lui donna une sacrée idée… Puisque les livres peuvent rendre des monstres gentils, pourquoi ne pas créer une bibliothèque ambulante qui ramènerait la paix dans le royaume ? Et elle part à la rencontre de tous les méchants pour diffuser la paix par ses livres. Ses parents sont rassurés et fiers, elle serait enfin tranquille pour s’adonner à son activité favorite. Enfin, presque...

Si les princesses sont sans doute parmi les personnages de littérature jeunesse les plus populaires, elles ont rarement été mises en avant pour leur intellect, leur réflexion et leur culture. Élodie Chambaud et Tristan Gion viennent combler ce manque avec une héroïne indépendante et décalée par son effronterie, sang-froid et sa débrouillardise. Cet album s'inscrit dans l'air du temps par la modernité de son propos et l'énergie de ses illustrations, dans un album féministe qui rappelle le pouvoir de la lecture. Un rappel plus qu'opportun à l'heure où les portes des librairies sont fermées, pour vous inviter à venir trouver de la force et de l'ouverture d'esprit dans les livres que vous pourrez y retirer.

La Petite Lectrice de Élodie Chambaud, illustré par Tristan Gion. Editions Gautier Languereau / A partir de 4 ans

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