Ce dimanche, une histoire d'ogre contemporaine et un hymne aux petits bonheurs communicatifs : deux récits plein d'optimisme pour vos petits loups !

Couvertures de "Le géant chagrin" et "Bonjour le monde"
Couvertures de "Le géant chagrin" et "Bonjour le monde" © Casterman / et / Maison Eliza

"Le géant chagrin" de Caroline Martinez et David Sala, Ed. Casterman. À partir de 5 ans

Luce, Lucas et leurs parents vivent le long de l'allée Bonheur dans une petite maison... qui ne le respire pas franchement. Leur quotidien est strict, pas de place pour la couleur, la fantaisie, la joie ... Dans leur ville, tout est en ordre : les rues, panneaux, les chiens, enfants, arbres, les dents dans la bouche des gens, les mots enfermés dans les livres, même les oiseaux sur leurs perchoirs. Rien ne traîne. 

Le frère et la sœur parviennent toutefois à laisser leur esprit vagabonder quand ils enfourchent leur vélo pour s'éloigner de la ville. Rêves au vent, ils pédalent jusqu'à l'orée de la forêt. Ils la respirent. Ils la désirent... Sans jamais oser s'y aventurer. La faute aux affreux géants qui, dit-on, vivent cachés sous les grands arbres.

Simple rumeur ? Pas du tout ! Monsieur et Madame Géant habitent bien au cœur et de la forêt, et ce jour, ils fêtent même un anniversaire. Enfin, en théorie, ils devraient le faire. Madame Géant attend toute la journée qu'il se passe quelque chose, que son amoureux lui offre au moins un petit bouquet ou lui fasse souffler une bougie, mais rien. Monsieur Géant préfère passer son temps à jouer avec les animaux de la forêt. Il ne prête pas la moindre attention à sa femme, et c’est insupportable :

« Égoïste ! Amoureux de pacotille ! Je ne veux plus te voir ! Va-t'en ! Très loin de moi ! Dans une autre forêt ! Allez, ouste ! Débarrasse-moi le plancher ! »

Monsieur Géant, chassé, part, le cœur lourd, en direction de la ville. Le voilà qui inonde les champs de larmes, qui souffle les toitures à force de soupirs, qui piétine la ville et ses pelouses interdites. Dans son chagrin, il ne fait attention à rien, et détruit tout sur son passage avec ses gros pieds. Et notamment la maison de Luce et Lucas. 

Le grenier plein de vieilleries abandonnées explose sous le talon du chagrin, libérant la vaisselle colorée des grands-parents, les bois ébréchés, le passé de mode, le rococo, les joyeux souvenirs de vacances, les graines de vieux rosiers, les livres d'images.

Loin de se laisser abattre, les enfants sont inspirés par tous ces bouts de vie passée. Ils assemblent les miettes de leur maison, de vaisselle et de souvenirs pour créer un nouveau foyer. Le géant lui-même est charmé, et y voit le cadeau idéal à offrir à sa femme. Il la trouve si jolie et si parfumée qu'il la cueille délicatement entre deux doigts. Et hop ! Le voilà reparti avec la maisonnette recollée et son jardin plein de fleurs.

Une nouvelle vie ouvre les bras à toute la petite famille. Luce, Lucas et leurs parents sont charmés : le paysage est merveilleux, le chien joue avec les lapins et les géants leur sourient gentiment de toutes leurs dents pas très bien rangées. Le géant prend bien soin de leur tracer une route jusqu'à la ville, où ils ont leur travail, leur école, leurs habitudes... même si elle n'est finalement plus vraiment comme avant. Une ville devenue multicolore, où l'on n'a plus peur désormais ni des gros chagrins, ni du grand amour, ni de tout ce qui dépasse... et où vite ! chacun profite du bonheur tant qu'il est à la mode. 

Le géant chagrin est un conte contemporain qui brosse un portrait peu flatteur de nos obsessions modernes, entre quête de la conformité, des plaisirs virtuels, jusqu'à la déshumanisation. C'est finalement l'intervention involontaire (et destructrice!) du géant, une des plus traditionnelles figures du conte, qui permet d'offrir l'impulsion du changement. Ce livre parle de courage, d'abord celui de tout reconstruire en remettant en question les modes et les normes... Mais aussi de celui de tout détruire pour tout recommencer. C'est donc un album plein d'optimisme écrit par la romancière Caroline Martinez et illustré par le virtuose David Sala, qui semble d'ailleurs mobiliser toute la palette de ses styles, en mêlant son illustration picturale à son esthétique de bande dessinée. Un duo d'artistes qui fonctionne pour livrer un conte sur le bonheur qui rappelle qu'un mal peut-être synonyme d'un bien.  

"Bonjour le monde !" de Clémence Sabbagh et Margaux Grappe, Editions Maison Eliza. À partir de 3 ans

Il y a des histoires toutes simples, qui commencent avec un papillon qui sort de son cocon : « Bonjour le monde, me voici ! ». Et d'une simple salutation, il déclenche une ribambelle de petits bonheurs : « C'est l'histoire d'un pinson, tout content d'avoir été salué, qui entame une petite chanson pour l'occasion. »

Le piou-piou-piou inspire les âmes mélomanes. Comme celle de ce gentil garçon timide : « C'est pour aujourd'hui et pas pour demain ! Je vais oser enfin lui donner ce baiser ! ». Quand l'amoureuse comblée par ce baiser est une boulangère, celle-ci décide dans la foulée d'offrir à ses clients des pains en forme de cœur, bien tendres à l'intérieur. Ce qui plaît beaucoup à Lison : « Ils lui rappellent les gâteaux de sa grand-mère qu'elle n'a pas appelée depuis... trop longtemps ! »

Le téléphone est alors saisi, et la mamie à l'autre bout du fil rit tant avec sa petite-fille qu'elle décide de prolonger le plaisir : « Alors elle invite copains et voisins à partager un incroyable festin ». Entre deux bouchées, les voisins découvrent qu'ils sont tous des musiciens ! Ils forment un groupe pour jouer des mambos, des salsas, des rumbas. La musique est si heureuse et si puissante qu'elle atteint les voisins de ces voisins. Ils se mettent à leur tour à chanter et à danser.

« C'est l'histoire d'un air de fête emporté par le vent qui se répand joyeusement dans les villes, dans les champs ». L'air de fête propage une joie irrésistible, et ce loin, très loin : « C'est l'histoire du soleil qui se couche sur ce petit bout de Terre... pour se lever de l'autre côté où un papillon sort de son cocon. » 

On dit qu'un battement d'aile de papillon peut déclencher une tornade à l'autre bout du monde. Mais Bonjour le monde ! rappelle que la gentillesse est contagieuse. Qu'une attention, la plus simple soit-elle, peut être suivie par le plus grand des bonheurs. Le style naïf et enjoué ainsi que la palette automnale des illustrations, qui insiste sur les rouges, les oranges, mais aussi les bleus, en fait un livre de saison : idéal pour combattre les petites baisses d'énergie et de moral. Il faut dire que les effets du livre sont réussis : il donne le sourire et inspire une bonne humeur que l'on aura naturellement envie de transmettre à celles et ceux qui nous entourent. À offrir absolument pour continuer à propager la joie !  

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