Cette semaine pour vos petits loups, un conte moderne autour de l'aide aux migrants et une bouleversante histoire père-fils.

Couvertures des deux livres jeunesse "Ohé Jimmy" et "Le petit monsieur"
Couvertures des deux livres jeunesse "Ohé Jimmy" et "Le petit monsieur" © Éditions Kaléidoscope / Éditions Glénat Jeunesse
  • Le petit Monsieur d'Orianne Lallemand et Anne Isabelle Le Touzé, Ed. Glénat jeunesse /  dès 5 ans

Il était une fois un petit monsieur qui vivait seul dans sa jolie grande maison en bord de mer. Le matin, il s’amusait avec ses trains électriques. Vie simple, bien rangée, sans surprises, il était heureux, pas exigeant mais s’ennuyait un peu, un gentil papy. Un jour, un bateau plein de réfugiés débarque sur la plage du village.

Regard sombre, baluchon, habits déchirés : ils portaient sur eux toute la tristesse du monde. "Qui c’est ceux là ? se demanda t-il en les voyant au marché, Que font-ils ici ? D’où viennent-ils ? Des réfugiés ?!… des gens sans maison, sans toit ? sans foi ni loi ?"

Et lors d’une réunion d’explications, de rassurance organisée par le maire qui demanda "Qui peut les accueillir ?" "Moi !" s’exclama t-il, sans savoir pourquoi. Un petit « oui », un coup de tête qui va bouleverser sa vie et celle des autres…

Il se pose alors des questions, craint le vol, la violence, le saccage. Le petit monsieur avait peur mais il comprit que les étrangers avaient encore plus peur que lui. Alors ce fût du partage, repas, puis Assaad le gamin prit confiance, jeux sur la plage. Amel, le père répara et améliora le train électrique, bricolages communs. Puis Halima prépara une spécialité de son pays. De ce jour les sardines furent oubliées. Ils échangèrent leurs mots, un mot à lui contre un mot à eux. Chaque matin, il emmenait Assaad à l’école. Un matin, la mairie appela : un logement s’était libéré. La famille pouvait y habiter. 

En ces périodes de racisme ou de crainte de l’autre, cet album très frais, gai, fait du bien. Certes un peu utopique, mais à la pédagogie efficace. On évite la bien pensance et le misérabilisme, on ne nie pas la peur, la crainte de tout un chacun, mais on la dépasse, on privilégie la solidarité, le passage à l’action et l’enrichissement mutuel. 

Comment parler d'accueil, d'intégration, d'acceptation, d'écoute et d'attention à l'autre à des enfants? Tout simplement en lisant avec eux ce bel album aux mots si justes, si beaux, des mots qui disent le bien-vivre ensemble, le partage des richesses culturelles, la solidarité portés par des illustrations douces et simples, aux nuances effacées, pâles et tendres.

  • Ohé Jimmy de Anna Walker, Ed. Kaléidoscope / dès 5 ans

Aujourd'hui, à table, il y a une assiette pour Jack, et une pour son père. Ils sont deux. Quand Jack était chez son papa, ils se faisaient des tacos. Et du lait fraise. Son père n'est pas forcément très bavard. Parfois ils se parlent, et parfois non.

Le papa de Jack aimait raconter des blagues, mais il en disait de moins en moins. Jack n'est pas dupe : il sait que les silences de son père dissimulent quelque chose. La maison était très silencieuse. Jack se demandait si son papa ne se sentait pas un peu seul.

Mais son quotidien est bouleversé par une arrivée... étonnante. C’est l’évènement, même si Jack n’aime pas trop les surprises. Une surprise inattendue, couverte de plumes vertes et dotée d'un bec. Un perroquet qui s'appelle Jimmy ! 

Le perroquet se sent vite à l’aise dans sa nouvelle maison. Il parle fort, répète les mêmes choses, et s'élance vers Jimmy au point de lui faire peur. Papa adorait Jimmy, lui racontait ses blagues et Jimmy riait.

Ce nouvel arrivé bouleverse complètement la vie du petit garçon... et de son père, qui semble retrouver goût au quotidien.. Il sait parler, il sait marcher, il sait même faire la vaisselle. Il est incroyable ! Jack ne se sent pas très incroyable, lui. Et puis tout le monde adore Jimmy, peut-être même plus que lui ? Maintenant, papa avait un ami pour lui tenir compagnie. La maison n'était plus silencieuse du tout.

Et pus une nuit Jimmy s’échappe, Jack le recherche. Il arpente toute la ville en criant le nom de l'oiseau pour espérer le faire revenir. En vain. Il reste introuvable. Et son père rapplique à toute vitesse / à qui il va falloir annoncer la mauvaise nouvelle. Mais ses préoccupations à lui sont ailleurs. « Ce n'est pas Jimmy que je cherche... C'est Jack. »

« Ohé Jimmy » fait partie de ces ouvrages qui racontent beaucoup de choses avec peu de mots. Jack se heurte à la souffrance psychologique de son père, dont il devient le réceptacle impuissant. Et lorsque la vie semble plus belle grâce à un petit être à plumes qui prend rapidement tout l'espace, cela ne fait que renforcer la solitude, les doutes et la détresse du petit garçon.

Anna Walker propose ici un livre d'une profonde sensibilité et d'une grande humanité sur la parentalité lorsqu'elle est bouleversée par des événements, qu'ils soient positifs ou négatifs. Et son talent, c'est aussi de raconter l'amour inconditionnel de l'enfant, qui est lui aussi prêt à tout pour faire le bonheur de son parent. Ses illustrations viennent apporter leur touche d'innocence et d'extravagance, et surtout de grâce, notamment avec les deux double-pages dont le silence nocturne est sublimé. « Ohé Jimmy » est un album bouleversant dans sa façon de raconter l'amour filial dans son imperfection, sa subtilité et sa générosité.

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