Quelques jours avant la première du dernier spectacle de Guy Bedos, Vincent Josse nous entraîne dans les coulisses du théâtre du Rond Point pour suivre les répétitions.

Guy Bedos
Guy Bedos © Radio France / Vincent Josse

J'adore ce métier. Je vais en crever de chagrin. Le soir de la dernière, je vais pleurer ma mère.

"Déjà là, en répétant c'est émouvant, c'est le public qui m'émeut aussi. De voir toutes ces tronches de gens qui sont venus depuis si longtemps. ça s'est renouvelé de générations en générations. Il y a un magnifique mélange de genres"

Lorsque Vincent le rejoint, Guy Bedos travaille avec son assistante un texte sur la psychanalyse : 

La psychanalyse, je pense que c'est bien pour des tas de gens qui en ont besoin. Moi, je m'amuse parce qu'effectivement, j'ai la chance d'avoir été sauvé par le métier que j'ai fait. J'ai d'ailleurs fait du théâtre sur ordonnance médicale. J'avais autour de 16 ans, 17 ans et je n'allais pas bien. J'étais mal à la maison avec la mère et le beau-père.

VINCENT JOSSE : Donc ça n'allait pas. Mais vous n'avez pas fait d'analyse tout de suite. Enfin même., peut-être jamais ?  

Non, je n'en ai pas fait. Encore une fois, tout le monde n'a pas la chance de pouvoir s'allonger sur une scène à l'Olympia et faire marrer les gens avec ses supposés problèmes psychanalytiques.  

La dernière. Rideau ! Mais ça va taper, je vous préviens. J'ai la gerbe là. Faire du drôle avec du triste, c'est ma devise. Mais la situation désespérante d'hyper sarkozysme que traverse le pays en ce moment pour passer du triste au drôle.... il va falloir se chatouiller.

Je regarde les fiches et je vois un nombre de ponctuation incroyable, ce qui revient le plus souvent, ce sont les trois points, les points de suspension et des virgules en permanence. C'est une écriture courte. Il faut que ça atteigne tout de suite, que ça fasse mouche très vite ?

Faut pas faire de la littérature. Il faut être efficace.

Il faut s'en prendre aussi parfois à des personnes, ne pas hésiter à nommer quelqu'un ?

Là je nomme Sarkozy beaucoup, mais je nomme Hollande, je nomme Aubry, j'essaye d'équilibrer tout ça. Même à gauche, j'ai mes goûts et mes dégoûts.

C'est en 1975 que vous commencez ce travail-là, de revue de presse au milieu d'un spectacle. Ça vient comment cette idée-là ? Parce que vous avez déjà 10, 15 ans de scène.

Je viens de publier un livre écrit en été qui a eu un grand succès qui s'appelait Je craque où j'ai accompagné la campagne de 75 entre Giscard et Mitterrand. Je m'étais toujours plus ou moins caché derrière les personnages puis là, tout d'un coup, j'ai écrit à la première personne et ça a eu un succès fou. Et donc, la revue de presse après était fille de ce livre. 

A quel moment le Guy Bedos qui prend des cours à la rue Blanche avec ses copains, qui connaît Belmondo, entre autres, Rochefort, Marielle. A quel moment vous montez sur une scène de music-hall? Qu'est ce qui fait que vous n'êtes pas uniquement au cinéma, au théâtre ?

Je suis passé pour la première fois à Bobino. Le vrai, celui de Brel, de Brassens, de Barbara en vedette américaine. J'étais déjà connu parce que j'avais fait mon film Dragées au poivre, etc.  

Et c'est cette magnifique Amalia Rodriguez, la reine du fado, qui m'a pris en première partie. J'ai fait un tabac, elle aussi. Et l'été d'après, Barbara m'a appelé pour me demander si je ne voulais pas être sa co-vedette. Et on a même joué les soirs de relâche tellement ça a marché.

Vous vous souvenez des premiers sketches que vous écrivez ou qu'on a écrit pour vous, du moment où vous arrêtez le théâtre dit classique et une carrière d'acteur qui commence au cinéma pour monter sur scène avec des sketches ? 

Oui, je passais à La Fontaine des quatre saisons. Pierre Prévert était directeur de la boîte et je voyais Jacques Prévert, mon idole presque tous les soirs. Il me dit "Vous devriez écrire". Et j'ai écrit mon premier sketch. 

Sophie Daumier. Elle entre comment dans votre vie ?

Sophie. Elle entre comme public. Elle rit. Je l'avais présentée à une bande de copains comme ça. Elle n'était pas ma copine. Elle était déjà très connue. Quand je la rencontre. Moi, je suis nobody. Je suis connu sur la rive gauche, mais c'est tout. Donc, je suis tombé amoureux de son rire et puis d'elle et de cette formidable énergie, joie de vivre, intelligence naturelle. C'est une anarchiste absolue. Elle ne faisait pas de politique, mais elle se foutait de l'importance des gens. Très franchement, elle m'a aimé incroyablement, et je l'ai aimé très fort. 

Et vous vous retrouvez sur scène assez vite tous les deux.

Après Barbara, la deuxième étape de ma montée en grade dans ce métier Ça a été le spectacle avec Sophie que personne ne voulait à Paris et nous l'avons créé à Bruxelles, dans un petit théâtre plein à craquer. Ça s'appelait Tête bêche. On avait été interdit. J'ai découvert la censure politique à cette époque, c'était sous de Gaulle. Le metteur en scène était Marcel Bluwal, dont les sympathies communistes étaient connues. Moi, j'étais un gauchiste avant l'heure et ça ne passait pas.  

"Rideau! ", son ultime spectacle

Aznavour m'a téléphoné pour me dire "Tu fais ton dernier spectacle, moi ça fait dix ans que je le fais".

Lui, il aime ça le vieux, mais moi ma carrière est un succès et ma vie citoyenne est un échec absolu. Je veux être un homme normal, amoureux, malheureux, Je veux être un père, je me suis appliqué à être un père tel que je ne l'ai pas eu et je retrouve ça dans le regard de mes enfants. 

Guy Bedos
Guy Bedos © Radio France / Vincent Josse

---> Mise à jour, jeudi 28 mai || LIRE - Malicieux, engagé et corrosif, l'humoriste Guy Bedos est mort

Les invités
  • Guy Bedoshumoriste, artiste de music-hall, acteur et scénariste français
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