La scène se passe, hier à la mi-journée, à l'Assemblée Nationale. Devant la porte de Salle de la Commission des Finances. A l'intérieur -c'est un passage obligé pour les ministres, le jour de "présentation officielle" du budget de l'Etat- Christine Lagarde et Eric Woerth dévoilent et détaillent leur projet de Loi de Finances pour 2010. Devant eux, les députés de Droite et Gauche, spécialistes des questions budgétaires. A l'extérieur de la salle, entassée dans un couloir, une petite troupe de journalistes qui attendent, suestionnent les élus qui entrent et sortent, tendent l'oreille parfois pour écouter à travers la porte, avant d'être rappelés à l'ordre par les huissiers. Des éclats de voix, tout à coup, se font entendre: c'est Henri Emmanuelli "qui fait son show", explique un député qui quitte les lieux. Le socialiste sort, lui, quelques instants plus tard... "agacé" dit-il par ces ministres qui ne répondent pas, ou répondent mal, à ses questions. "De toute façon, ce budget est déjà caduc, explique Henri Emmanuelli, puisqu'il y aura un grand emprunt en janvier, il qu'il faudra donc, revoter!". Après lui, un député UMP sort à son tour de la salle: "on est sonnés parce que les ministres nous annoncent. 2 budgets consécutifs avec un déficit à plus de 8%, on est tous inquiets!". L'ambiance est "grave" dans la salle confirme un autre. Pas forcément dans le couloir. Didier Migaud, le président PS de la Commission" lâche, devant les micros "si un ministre socialiste présentait un tel budget, l'UMP demanderait sa traduction devant la haute Cour, pour irresponsabilité!". Les élus de droite n'en sont pas là. Ils soutienennt le gouvernement.Disent comprendre ce budget "de sortie de crise" qui ne s'attaque pas au déficit structurel mais quand les micros s'éteignent, ils regrettent la supression -comme ça, si rapide- de la taxe professionnelle. Ils reconnaissent que la TVA réduite dans la restauration est une dépense (sans effets!) qu'on aurait pu s'épargner. "Ne me citez pas" dit un député UMP, mais c'est vrai qu'avec le bouclier fiscal et d'autres baisses d'impôts, on s'est privé de beaucoup trop de recettes, depuis 2002. Gilles Carrez, le rapporteur UMP du Budget, lui, renvoit dos à dos majorité et opposition. La dette colossale que valide ce budget, c'est une "co-production" depuis 30 ans. Grosso modo, la Gauche quand elle est au pouvoir, finance ses nouvelles dépenses en creusant la dette. La droite fait pareil mais pour financer ses baisses d'impôts. "La fête est finie. On rentre dans le dur" conclut un député. Après le budget de l'Etat hier, celui de la Sécurité sociale, aujourd'hui. Et là aussi, c'est un nouveau déficit "record": plus de 30 milliards d'euros, l'année prochaine. Ce ne sont pas les dépenses qui dérapent (pour l'Assurance maladie -c'est une première- l'objectif est tenu en 2009) mais ce sont les recettes, qui avec la crise, fondent. Pour colmater, le gouvernement va instaurer une taxe sur l'épargne salariale (payée par les entreprises), certaines niches sociales vont disparaître (la retraite-chapeau des grands patrons, par exemple, sera pluss taxée).. mais surtout un plan de plus de 2 milliards d'économies va être dévoilé: nouveaux déremboursement de médicaments, baisses de tarifs de certains spécialistes... et augmentation du forfait hospitalier. Le Budget de l'Etat, présenté hier, prévoit la suppression de 34 000 postes de fonctionnaires. Il ne voit pas le chômage se réduire puisqu'il anticipe près de 200 mille suppressions d'emplois, dans le secteur privé, en 2010. Coté dépenses, le gouvernement affiche ses priorités: logement social, recherche, justice et culture.

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