On se croirait dans le film "L'excercice de l'Etat", sorti en octobre dernier. Avec Olivier Gourmet, Michel Blanc et Zabou Breitman dans les principaux rôles. "L'exercice de l'Etat", c'est l'histoire d'un ministre des transports qui doit renier ses convictions. Et, sous la pression du Président de la République, faire exactement l'inverse de ce qu'il souhaiterait faire, et avait dit qu'il ferait. Dans le dossier "SeaFrance", c'est bien ce que vient de vivre Thierry Mariani, le ministre des transports de Nicolas Sarkozy. Mais aussi Nathalie Kosciusco-Morizet, ministre de l'Ecologie, dont dépend Thierry Mariani. L'un et l'autre trouvaient jusqu'ici que le projet de rachat de SeaFrance, par ses salariés (la SCOP) était une mauvaise idée: un projet sans financement. Donc, sans avenir. Depuis hier, et une réunion à l'Elysée autour du Chef de l'Etat, ils ont opéré un fantastique virage à 180 degrés: pas facile quand il s'agit de gros bateaux, comme des ferries. Désormais, Thierry Mariani et NKM soutiennent le projet de coopérative, porté par la CFDT de SeaFrance, alors que le Tribunal de Commerce de Paris se penche sur le dossier, aujourd'hui même. La ficelle est énorme, c'est même une corde à noeuds: Nicolas Sarkozy qui fait de l'emploi sa "priorité des priorités" en ce début d'année, ne veut pas que Sommet social du 18 janvier, ni sa pré-campagne présidentielle, ne soit perturbés par des plans sociaux massifs. Le "revirement" du gouvernement, dans le dossier SeaFrance est, donc, tout sauf sincère. Et rien ne dit qu'il soit efficace en garantissant l'avenir de l'entreprise. Tout juste organise-t-il sa survie pour les quelques mois qui viennent. Cela dit, astucieusement, et pour le coup, fidèle à ce qu'il pense du projet de SCOP, le gouvernement se garde bien de "sortir" de l'argent des caisses de l'Etat, l'Europe ne le permet pas, de toute façon. C'est la SNCF, la maison-mère de SeaFrance, qui est doublement mise à contribution: pour le rachat des bateaux et l'indemnisation très généreuse des salariés. Ce sera à eux, ensuite, de tout réinvestir dans la coopérative. D'où cette question, désormais centrale: que feront les salariés, avec des chèques de 30, 40 ou 50 mille euros? Le gouvernement, qui aurait pu agir bien plus tôt et différemment, dans ce dossier, a réussi, en tout cas, cette manoeuvre-là: déminer temporairement un dossier, tout en se dégageant de toute responsabilité future, en cas d'échec.

Rocard contre la dette. L'ancien Premier ministre propose que la Banque Centrale Européenne prête des centaines de milliards d'euros aux Etats, à un taux proche de zéro. Pour contourner les Traités européens, il explique que la BCE pourrait faire "transiter" cet argent par Banque Européenne d'Investissement, ou par la Caisse des Dépôts. Cette solution serait une alternative à l'austérité généralisée, en Europe, selon Michel Rocard dans une tribune, publiée aujourd'hui dans le Monde. Il dit s'inspirer de la Réserve Fédérale américaine, qui a prêté des milliards de dollars aux banques, à un taux de... 0,01%! "Pourquoi les Etats européens devraient payer 600 ou 800 fois plus?", demande l'ancien Premier ministre socialiste.L'Espagne inquiète. Aujourd'hui, c'est à nouveau l'Espagne qui inquiète: son déficit pourrait avoir dépassé les 8% en 2011, selon le nouveau ministre espagnol de l'Economie. Contre 6%, prévu initialement.

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