Cette séquence, ceux qui l'ont vu ne l'ont pas oubliée. C'était dans un numéro de Cash Investigation, le magazine de France2, numéro consacré à l'évasion fiscale. Elise Lucet débarque, à l'improviste dans un restaurant, près de l'Assemblée nationale, et vient perturber un déjeuner. Des députés, des anciens ministres, un responsable des douanes sont attablés, invités par un géant du tabac, British American Tabacco. Preuve en main (en fait, un document interne, tiré des comptes même du cigarettier), la journaliste pose la question qui fâche: "messieurs, est-ce que ça ne vous dérange pas de vous faire inviter par une entreprise, championne de l'évasion fiscale?". "Vous dégagez, ce n'est pas notre problème" lui rétorque André Santini, serviette nouée autour du cou.

La séquence se retrouve en un clic sur internet, et se re-regarde avec délectation. Cette séquence, certains député PS, ne s'en cachent pasn c'est elle qui a inspiré l'amendement défendu hier, lors du débat budgétaire actuellement en cours à l'Assemblée. Disons-le tout de suite, il n'a pas été adopté. Son auteur, Thomas Thévenoud, proposait d'instaurer, une taxe exceptionnelle sur le chifffre d'affaires des grands cigarettiers. Pour les faire contribuer, directement, aux politiques de santé, de prévention, de lutte contre les ravages du tabac. Mais aussi pour leur "faire payer", si je puis dire, leur pratique fiscale: une "optimisation" poussée à son maximum, pour réduire l'impôt payé en France. Et ce en toute légalité. Pour le député, ces grandes entreprises du tabac "poussent l'indécence jusqu'à se glorifier de leurs dispositifs fiscaux". Dans un communiqué officiel, que l'élu garde précieusement, British American Tabacco -on revient à elle- expliquait, récemment, comment son activité transite par sa filiale aux Pays-Bas, où l'impôt est plus doux. Résultat: aujourd'hui (l'estimation a été donnée, cette nuit, au cours du débat parlementaire), les multinationales du tabac réalisent environ 1 milliard d'euros de bénéfices en France, mais arrivent, par des montages comptables, à n'en déclarer que... 50 millions! Et, donc, à payer, au final, un impôt riquiqui. Le gouvernement, cette nuit, a rejeté l'amendement, soutenu par quelques députés de sa majorité. Il refuse de cibler un secteur en particulier alors que ces pratiques sont généralisées, et alors qu'il engage -c'est vrai- une lutte renforcée et globale contre la fraude, l'évasion et l'optimisation fiscales. Hier, en tout cas, Thomas Thévenoud l'assure: son initiative a mobilisé, une nouvelle fois, le lobby du tabac. Pas d'invitation au restaurant, cette fois-ci. Mais la multiplication des coups de fils aux députés hier, l'envoi, aussi, d'un contre-argumentaire précis. "Mon amendement a déclenché les foudres de certaines grandes entreprises du tabac", dit-il.

Libre? Contre Free, le gouvernement persiste et signe. 2 communiqués en 2 jours pour critiquer l'initiative commerciale de l'opérateur, qui met la 4G au prix de la 3G. Mardi, quelques heures après cette annonce par Free, Bercy alertait sur la qualité de son réseau. Hier, nouveau communiqué, cette fois-ci co-signé par Arnaud Montebourg. Il dénonce le pari "risqué" de Free et sa stratégie low-cost "qui conduit nécessairement à un sous-investissement, à une dégradation du service rendu et à des destructions d'emplois" écrit le Ministère du Redressement productif.L'un et l'autre.Le constructeur chinois Dongfeng annonce avoir obtenu le feu vert des autorités chinoises pour signer un accord avec le Français Renault. Les 2 groupes vont créer une filiale commune pour produire 150 mille véhicules pas an. C'est le même Dongfeng qui négocie, actuellement, sa possible entrée au capital de... l'autre constructeur français, PSA!

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