"C'est le gouvernement Tsipras qui a fait le malheur des Grecs". C'était ce week-end, à Aix-en-Provence. Aux Rencontres Economiques, traditionnel rendez-vous du début juillet, où se pressent, entre conférences, tables rondes et soirées à l'opéra, des grands patrons, des économistes, et des journalistes. L'édition de cette année est consacrée au travail, mais la Grèce, forcément, a occupé toutes les conversations. Et oui, parfois -souvent, même- tombait, cette sentence: "c'est Alexis Tsipras qui fait le malheur de son peuple!". Ces observateurs, mais aussi certains acteurs du dossier, n'en démordent pas: le gouvernement grec, et lui-seul, mène la zone euro au bord du gouffre. Nul n'ignore les failles de la monnaie unique (l'absence d'une union politique), beaucoup soulignent les erreurs passées (cette austérité généralisée), et nombreux sont ceux qui admettent que la question de la dette grecque doit être traitée, dès maintenant, mais l'enchaînement désastreux des événements de ces derniers mois, et finalement l'impasse d'aujourd'hui, tous ou presque en attribuent la responsabilité à Syriza et à son gouvernement. Leur explication, qui rejoint celle des créanciers, est celle-ci: fin 2014, la Grèce avait redressé ses comptes, ses perspectives de croissance était "bonnes". Certains osent même: "sa dette redevenait soutenable, "il suffisait de s'entendre sur la poursuite des réformes". Mais, voilà, Syriza au pouvoir a "cassé cette dynamique, cassé la confiance" et rendu le redressement impossible. Il y a la forme: "ce sont des gauchistes, talentueux, mais emmerdeurs, comme ceux que j'ai connu, de mon temps, à la fac" lâche un économiste, "ils sont fatigants et ont fatigué tout le monde". Il y a le fond, surtout, expliqué par un autre: "ils sont arrivés au pouvoir sans avoir réfléchi, sans avoir pensé comment ils allaient passer cette année 2015, du point du vue financier". "Ils auraient dû imposer un contrôle des capitaux, dès leur arrivée", décrypte un 3ème, "au lieu de ça, ils ont laissé filé l'argent, à l'étranger ou sous les matelas. Maintenant, c'est trop tard. Ils n'ont plus les moyens de leur politique, et sont asphyxiés". A les entendre, le "non" ne change rien dans le rapport de force des négociations qui "vont, forcément, reprendre", cette semaine.

La Grèce inquiète, forcément, les cadres de notre Baromètre! Sondage réalisé avant la victoire du "non", mais pour notre Baro-éco France Inter Viavoice HEC Le Figaro, nous avons posé la question du défaut général de la Grèce (qui mènerait à la sortie de la zone euro). Pour 74% des cadres interrogés, l'impact serait fort pour l'Europe et pour la France. Cela dit, on n'est pas dans la configuration de l'été 2011, où la "crise de la dette" avait fait plonger le moral des cadres. On note, cela dit, que les effets de la reprise s'essouflent et qu'une sorte d'usure psychologique s'installe chez les cadres: la sortie de crise reste plus théorique que tangible.

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