C’est une décision importante que s’apprête à prendre les gouverneurs de la Banque Centrale Européenne aujourd’hui. Alors, c’est vrai qu’elle ne va pas avoir de conséquences immédiates pour le commun des mortels européens (c’est-à-dire vous et moi)… C’est vrai aussi que les marchés ont déjà largement anticipé cette décision. On pense encore que la variation va sans doute être faible : les spécialistes parient sur une hausse d’un quart de point du principal taux directeur de la BCE. Il devrait passer de 1% à 1,25%. Mais, comme geste politique, c’est un acte fort. La BCE va être, ainsi, la première grande banque centrale du monde a mettre fin à cette période d’argent « bon marché », une période ouverte avec la chute de Lehman Brothers, en septembre 2008. Pour éviter le pire -une « dépression » économique-, on a baissé les taux au plus bas. Quasiment 0% aux Etats-Unis. 1% en Europe, où (c’est comme ça) le plancher est plus haut… Le principe est toujours le même : avec des taux d’intérêts bas, les entreprises, les ménages empruntent plus facilement : l’activité est stimulée. Cette politique a une limite, c’est l’inflation. Et c’est précisément le retour de l’inflation en Europe, qui pousse aujourd’hui les dirigeants de la Banque Centrale Européenne, à agir et à remonter les taux. Mais, voilà pour un très grand nombre d’économistes, cette décision est tout à fait prématurée. Certes, la hausse des prix atteint 2,6% en Europe aujourd’hui, là où la BCE veut qu’elle reste « proche de 2%, mais en dessous de 2% » (c’est l’expression favorite de Jean-Claude Trichet), mais cette « poussée » inflationniste s’explique seulement par la flambée des prix de l’énergie, pas par celle des salaires (où alors ça nous a tous échappé). Donc, pour le moment, aucun cercle vicieux d’inflation galopante ne s’est enclenché. Pourquoi donc intervenir ? Mais, bon nombre d’économistes vont plus loin encore : cette décision est carrément dangereuse : en remontant les taux, la BCE met en danger les pays de la zone euro, déjà en grande difficulté : la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie ou la Belgique. Un économiste, hier, disait : « Jean-Claude Trichet joue contre son camp ». Le Portugal craque. Il a demandé, hier soir, l’aide financière de l’Europe.Cet appel à l’aide de Lisbonne peut-il faire changer d’avis les gouverneurs de la BCE? C’est peu probable. Hier soir, en tout cas, le gouvernement portugais sous la pression des marchés financiers et des grandes banques qui lui imposent des taux de refinancement record (presque 6%)… sous la pression, le gouvernement portugais a fini par admettre qu’il n’y a désormais plus d’autres solutions, pour lui, que de solliciter l’aide de l’Union européenne. La Grèce inquiète. Les rumeurs vont bon train sur un possible défaut de paiement du pays. L’euro au plus haut depuis plus d’un an. 1 dollar 43, hier. Et ça, c’est évidemment dans l’attente de la décision de la BCE

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