Philippe Martin, éphémère ministre de l'Ecologie de François Hollande (entre Delphine Batho et Ségolène Royal, si on peut dire) avait, déjà, raconté un petit bout de l'histoire. Dans un avion le ramenant, lui et Arnaud Montebourg, de Turquie, après un voyage présidentiel, les deux ministres s'étaient gentiment opposés, à propos de l'exploitation des gaz de schiste, en France. Le Canard Enchaîné venait de révéler, opportunément, que le ministre du Redressement productif était en possession d'un rapport "secret" vantant les mérites d'une nouvelle technologie d'extraction "non dangereuse, et non polluante". Un gaz, le fluoro-propane. Le ministre de l’Écologie avait ironisé sur les intentions de son collègue: "j'ai hâte de voir comment tu va expliquer aux Français qu'on va aller chercher du gaz... en utilisant du gaz !". Arnaud Montebourg, ministre à Bercy, a toujours été un partisan des gaz de schiste. En tout cas, favorable aux expérimentations permettant de tester d'autres techniques que la fracturation hydraulique, interdite en France. Mais, ce matin, le Figaro révèle un autre épisode croustillant, de ce long combat mené par le ministre. Combat perdu. Le journal publie d'abord le fameux rapport. Sept exemplaires seulement étaient en circulation, apparemment. Un rapport qui présente le fluoro-propane comme la "martingale". Cette technologie, déjà étudiée dans un rapport parlementaire (de 2013), n'utilise pas d'eau, pas d'additifs, prend moins de place en surface, et le propane utilisé peut-être recyclé. Le rapport évalue aussi ses effets macro-économiques. Le scénario dit "pessimiste" parle de 120 mille emplois créés, d'un gain de croissance important et d'une dette publique réduite. Le scénario dit "probable" est bien plus favorable encore. Le Figaro raconte qu'Arnaud Montebourg, en juillet 2014, avait, du coup, décidé de passer à l'acte. "Je propose qu'une expérience ait lieu en toute transparence": cette phrase figurait dans un discours que le ministre s’apprêtait à prononcer, mais que Matignon, deux heures à peine avant l'heure prévue, a fait supprimer. Deux pages de discours "caviardée", en urgence. Fin août 2014, Arnaud Montebourg revenait, à la charge, à l'occasion d'une réunion inter-ministérielle, mais perdait à nouveau l'arbitrage. Quelques jours plus tard, dans les conditions qu'on n'a pas oublié (le discours de Frangy et la fatale "cuvée du redressement"), il quittait le gouvernement.

Compétitivité, et après? La compétitivité n'est plus forcément la priorité des cadres. C'est l'un des enseignements de notre Baro-éco, France Inter Via voice HEC Le Figaro. "Quelles sont les réformes prioritaires, selon vous, pour améliorer la situation en France? " C'est la question posée, ce mois-ci. L'année dernière, l'amélioration massive de la compétitivité des entreprises arrivait en tête, elle n'est que 5e, aujourd'hui. Peut-être, le sentiment que le travail a été fait... En fait, les réformes économiques sont en recul. Les cadres interrogés veulent, en priorité, désormais et, dans l'ordre: réformer l'école (pour former les élèves aux nouveaux métiers), changer totalement la classe politique (un tiers des réponses!), réduire massivement les impôts et les taxes (on n'oublie pas les fondamentaux) et, enfin, améliorer vraiment la qualité des relations entre les gens: le respect, le savoir-vivre.

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