Hier, Christian Noyer ne s'est pas seulement occupé du dossier grec, le gouverneur de la Banque de France a, également, pris du temps pour s'occuper d'un dossier -on n'oserait dire- presque aussi sensible, aussi explosif: le taux du Livret A! Evidemment, j'exagère, mais voilà quand même une question, certes très franco-française mais qui mérite, tout autant, la plus grande prudence et le meilleur doigté. Cette question, elle se pose, à intervalle régulier depuis que les taux d'intérêt sont si bas: faut-il baisser la rémunération du Livret A, l'un des produits d'épargne les plus appréciés des Français, symbole, qui plus est, de l'épargne populaire? Aujourd'hui, le taux du Livret A est fixé à 1%, son plus bas historique, un plancher jugé "politique". La preuve: en janvier dernier, la formule mathématique qui fixe son niveau aurait imposé de l'abaisser à 0,25%, le gouvernement (qui en a le droit), l'a, finalement, laissé inchangé. Il en va du Livret A comme du prix du gaz, de l'électricité, des péages et, parfois des billets SNCF, tous les gouvernements (quelqu'ils soient) rechignent à appliquer les règles qu'ils ont, eux même, élaboré. Aucun ne veut endosser la responsabilité d'une décision douloureuse. Dans quelques jours (le 15 juillet, quand sera connu le niveau d'inflation), il sera, à nouveau temps, de se poser cette question: faut-il baisser le taux du Livret A? Christian Noyer, le gouverneur, a, donc, pris les devants: pour lui, "il est hors de question que les taux ne baissent pas, au cours de cette année". Son argument est celui-ci: la BCE, aujourd'hui, met en place des moyens considérables pour faire redémarrer l'économie européenne, notamment en maintenant ses taux directeurs à 0%, ou presque. Le Livret A, et avec lui, toute l'épargne réglementée française, ne doit être un obstacle à cette politique. A savoir: épargner, NON. Consommer, investir, OUI! Et pour éviter le débat à venir, sur les ménages modestes qu'on "taperait" à nouveau, en réduisant la rémunération de leur épargne, la Banque de France fait circuler ce chiffre: 20% des Livrets A sont au dessus du plafond, fixé à presque 23 mille euros. C'était 11%, il y a 1 an, à peine. Autrement dit, ce sont les plus riches détenteurs, qui aujourd'hui, profitent au maximum des avantages (fiscaux, notamment) du Livret A.

Qui tient le revolver? La Banque Centrale Européenne ne veut pas être chargée d'exécuter la Grèce! C'est comme ça, effectivement, qu'on peut traduire son geste, hier soir. La Banque Centrale Européenne a décidé de maintenir son aide d'urgence aux banques du pays. Décider l'inverse aurait, immanquablement, poussé à la faillite les établissements bancaires grecs, et sans doute, provoqué la sortie de la Grèce de la zone euro. La BCE ne pouvait, évidemment, pas endosser ce rôle: elle s'en remet aux dirigeants européens. Les banques grecques, selon les experts, auraient encore de quoi tenir une petite semaine en maintenant la limite des retraits aux guichets automatiques, à 60 euros par jour. Et par Grec.

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