Il faut revenir sur cette incroyable journée d'hier qui s'est terminé avec ce moment de panique à Wall Street. C'était une journée de crise. Une journée de crise de plus, qui a commencé, évidemment, à Athènes. Devant les locaux de la banque calcinée, dans lesquels 3 personnes ont péri, mercredi. Pas très loin, le Parlement grec entamait l'examen du vaste plan d'austérité, voulu par le gouvernement socialiste de George Papandréou, par le FMI, par l'Europe et par l'Allemagne: 30 milliards d'économies, au total. Ce Plan sera adopté, en fin de journée. Juste avant de nouveaux, mais très limités, incidents entre manifestants et policiers grecs. Moment très attendu, à la mi-journée. On est à Lisbonne. Jean-Claude Trichet prend la parole. Le président de la Banque Centrale Européenne tient sa conférence de presse mensuelle. Les marchés espèrent beaucoup de lui. On dit, depuis plusieurs jours, qu'il va se faire violence, en renonçant à l'un des dogmes de son institution. Il pourrait accepter d'acheter directement des bons du trésor des pays membres de la zone euro. Un geste à mème de rassurer les marchés. Ils vont être, très vite, douchés: "le conseil des gouverneurs de la BCE n'a pas discuté de cette possibilité" affirme Jean-Claude Trichet. Dans un anglais "à la Maurice Chevalier", il tente ensuite -mais c'est trop tard- de rassurer sur les risques de contagion: "Greece and Portugal are not in the same boat", dit-il. En fait, à ce moment, c'est à Rome qu'on s'inquiète. Les prévisions de croissance sont revues à la baisse. La dette, elle, est revue à la hausse. Les agences de notation font les gros yeux. Milan perd 4%. Et le gouvernement italien promet un nouveau "tour de vis" budgétaire. Comme François Fillon. A Paris. Lors d'un séminaire gouvernemental, il annonce le gel, pendant 3 ans, de la dépense publique. "Pas d'augmentation d'impôt" jurent les ministres. Mais, un possible "coup de rabot" général sur les niches fiscales. Ce qui revient, exactement, à la même chose! A Bercy, au même moment, on se dit que la crise grecque a quelque chose de bon: une opération de refinancement de la dette publique française, sur les marchés financiers, réussit au delà toutes les espérances: presque 9 milliards d'euros récoltés, à un taux bien plus faible qu'il y a quelques semaines. L'Espagne, "prochain domino dans cette crise", dit-on pourtant, réussit, elle aussi, la même opération. Comme si de rien n'était. Pendant ce temps-là, les britaniques votent. Et préparent la "secousse" suivante: un gouvernement à Londres sans majorité claire, alors que des mesures de redressement budgétaire, là-bas aussi, s'imposent. Et donc, nécessitent un gouvernement fort. C'est précisément ce que redoutaient les marchés. Grosse frayeur, hier soir, à Wall Street. Les grands indices (le Dow Jones, le Nasdaq et le Standard&Poor's), ont dévissé, hier soir: -9%, pendant quelques minutes: c'est du jamais vu! Des valeurs "phares" se sont effondrées : Procter & Gamble -24%, 3M -15%. Le titre Accenture est passé de 40 dollars à quasiment zéro. Tout s'est (un peu) redressé, avant la fin de la séance. Et le Dow Jones n'a perdu, finalement, que 3%, mais maintenant, on cherche les raisons de ce "trou d'air". On parle d'une gaffe d'un trader, qui aurait confondu "millions" et "milliards". Mais le patron de la bourse new-yorkaise estime qu'il ne s'agit pas forcément d'une erreur humaine. "Nous devons accepter que de telles choses se produisent en périodes de volatilité exacerbée" a-t-il déclaré. Parce que, sur le fond, c'est bien toujours la contagion de la crise grecque qui inquiète. Comme la capacité des Européens à sauver l'euro. Les places boursières asiatiques reculent, nettement, ce matin encore.

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