Par Bruce de Galzain.

Cet après-midi à Stockholm Jean Tirole - comme Patrick Modiano hier - donnera une conférence publique sur ses travaux. Il ne manquera sans doute pas de revenir sur ce qui lui valut son Prix Nobel. Il a été récompensé pour son analyse du pouvoir de marché en anglais le « market power » et son analyse de la régulation. Mais tout a commencé par un malentendu le jour même où la France apprend sa nomination.Dans sa première traduction du communiqué suédois écrit en anglais, l'Agence France Presse traduit « market power « par la puissance du marché. Fatale erreur… Nombre de médias reprendront telle quelle la traduction qui donne tout de suite une teneur très libérale aux travaux de Jean Tirole. Ses proches collègues de la Toulouse School of Economics ont d'ailleurs mal vécu ce qui pouvait sembler anecdotique : « cela m'a un peu énervé dit même l'un d'entre eux, que l'on renvoie comme cela une image libérale de Jean Tirole alors qu'à l'origine il y a une erreur de traduction. Cela démontre aussi le peu de compréhension de certains pour l'économie », dit-il ! Car en effet, la puissance du marché ou le pouvoir de marché (la bonne traduction) n'ont rien à voir. Le pouvoir de marché c'est la capacité des entreprises à augmenter les prix nettement au-dessus des coûts lorsqu'il y a monopole notamment. C'est le cœur des travaux de Jean Tirole avec la régulation. Et pour s'expliquer, il donne souvent le même exemple : dans la téléphonie, le pouvoir de marché n'était plus du tout le même lorsqu'un 4ème opérateur est arrivé, les superprofits des opérateurs historiques ont chuté et c'est le consommateur qui en a profité.Alors Jean Tirole néolibéral ? Il y en a qui le pense à Médiapart notamment, l'économiste Jean Gadrey également pour qui Jean Tirole est l'un des plus brillants représentants de l'économie néolibérale. Pour d'autres au contraire - ses plus proches collaborateurs on l'a dit - on ne peut résumer le nouveau Prix Nobel ainsi ! Pourquoi immédiatement tomber dans le registre idéologique ? Jean Tirole qui se définit avant tout comme un chercheur se félicitait d'ailleurs des portraits qui lui ont été consacrés car ils avaient du mal à le situer politiquement. Ce qui est sûr c'est qu'il réclame des réformes pour garder notre modèle social. Et ce qui le différencie de beaucoup d'économistes c'est qu'il est entrepreneur, il a fondé ce qui est devenu la Toulouse School of Economics en ne partant de rien. Il a tissé des liens, des partenariats avec les entreprises et sur ce point-là c'est un pionnier !

Dans le collimateur. Les aides à la personne sont dans le collimateur des députés… 12.000 euros c'est trop, la socialiste Martine Pinville veut abaisser à 7.000 € le plafond de la réduction d'impôt pour l'emploi d'une personne à domicile. Dans un rapport qu'elle rendra demain, elle préconise aussi de recentrer les aides sur les personnes dépendantes.

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