C'est le luxembourgeois Jean-Claude Junker, qui préside l'eurogroupe, qui vient de rappeler les dirigeants européens à plus de "discipline verbale": c'est son expression. Plus de discipline, parce que "toute phrase mal réfléchie, explique-t-il, donne lieu, en ce moment, à des mouvements irrationnels sur les marchés". Et Jean-Claude Junker de conclure: "on ne peut pas tout dire"! En fait, il réagissait ainsi (c'était dimanche soir) aux propos de certains responsables du nouveau gouvernement hongrois. L'un d'eux ayant affirmé que les Socialistes leur avaient laissé une situation budgétaire bien pire que prévue. Un autre allant jusqu'à comparer la situation de son pays, à celle de la Grèce! C'est ce qui a provoqué (on le sait) une nouvelle chute des marchés, vendredi. Et qui les déprimait encore hier! Mais, ce "jeu dangereux", David Cameron, tout nouveau Premier ministre britannique, aussi le pratique. Depuis quelques jours, il prépare les esprits de son pays, à une vaste cure d'austérité. Ainsi dimanche, il promettait des "temps douloureux" à ses compatriotes. Un classique en Grande-Bretagne: "du sang et des larmes". Mais hier, David Cameron a joué, à son tour, avec le feu. Il a dépeint un tableau très sombre de l'état des finances publiques britanniques. En mettant les difficultés à venir sur le compte des Travaillistes. Qui ont laissé, eux aussi, une situation bien plus grave qu'il ne l'imaginait. Avant d'évoquer... la Grèce! "L'exemple, dit-il, de ce qui arrive aux pays qui perdent leur crédibilité". Jean-Claude Junker appréciera: son appel à plus de "discipline verbale" a fait flop. Il aura reçu, hier, un peu de la même façon, un document du FMi dénonçant les dysfonctionnements de la zone euro. Un modèle de franc parlé: "croissance anémique, pratiques budgétaires non viables et structure inadaptée". N'en jetez plus. Si encore une: un "grand ancien" Jacques Delors, parlant au passé de la monnaie européenne. Est-ce une erreur de transciption? Dans un entretien accordé à Sud Ouest, il lâche: "il y avait, dès le départ, un vice de construction, dans l'euro". A son tour, l'Allemagne se met à la diète. Malgré les appels de ses partenaires (européens et américain), qui lui réclamaient de pas rajouter de "la rigueur à la rigueur" en Europe, Angela Merkel a décidé, hier, d'engager un vaste plan d'économies, en Allemagne: plus de 80 milliards d'euros sur 4 ans. 11 milliards, dès l'année prochaine. Il n'y aura pas d'augmentation générale des impôts. En revanche, le gouvernement allemand annonce des "coupes" dans certaines aides sociales (pour les chômeurs, notamment), et la suppression de milliers de postes de fonctionnaires. 750 milliards, enfin! Au même moment, à Luxembourg, l'Europe finalisait, enfin, les modalités d'application de son Fonds de stabilisation, un mécanisme pour venir en aide aux pays de la zone euro en difficulté. Il doit totaliser 750 milliards d'euros, tout compris. De la discipline. Encore. Hier encore, les Européens se sont entendus pour renforcer les règles du Pacte de stabilité: chaque pays devra, à l'avenir, présenter à la Commission et à ses partenaires, son projet de budget. Les sanctions, à l'encontre des pays laxistes, seront renforcées. L'euro se redresse, un peu, ce matin, en Asie.

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