"Banquier d'affaires", lancé comme une insulte: depuis son arrivée au ministère de l'Economie, Emmanuel Macron n'a cessé de devoir répondre de son passé.. "J'ai fait 4 ans de banque, et alors?" répond-il systèmatiquement, offusqué, "ça m'est très utile dans mon travail de ministre, aujourd'hui". D'une certaine façon, il l'a prouvé, hier, avec une opération inédite, pour l'Etat, mais courante pour une banque d'affaires. Hier, à la surprise générale -puisque même Carlos Ghosn, le patron de Renault, directement concerné, n'a été prévenu qu'à la dernière minute- l'Etat a annoncé qu'il va augmenter sa participation au capital du constructeur automobile. Un passage de 15 à presque 20%, à rebours de la tendance actuelle au désengagement de l'Etat, une opération à 1 milliard d'euros, qui, là encore détonne dans l'ambiance actuelle de disette budgétaire. L'explication est vite venue: le gouvernement, par cette action, cherche simplement à renforcer son pouvoir, en vue de la prochaine Assemblée générale des actionnaires de Renault. L'opération est totalement opportuniste, et utilise les outils des plus vils spéculateurs puisque l'Etat s'est, déjà, assuré, auprès d'une banque, de la revente future des titres. Cet "aller-retour", au capital de Renault ne vise, en fait, qu'une chose: assurer à l'Etat de pouvoir faire passer une disposition prévue par la Loi Florange. Bercy a fait ses comptes: avec seulement 15% du capital, il pouvait être mis en minorité. En montant à 20%, ça passe. Cette disposition, l'Etat y tient beaucoup: elle instaure, à l'avenir, un droit de vote double, au sein de l'Assemblée générale des actionnaires. Quiconque détiendra des actions plus de 2 ans, bénéfiera d'une double voix. Ca va à l'encontre du principe "1 action, une voix", mais c'est une bonne façon de fidéliser les actionnaires, et 'est une arme anti-OPA efficace. Pour l'Etat désargenté, ça a un avantage supplémentaire: ça va lui permettre de vendre ses parts dans de nombreuses entreprises, sans perdre de pouvoir. Le "vote double", ce n'est pas nouveau. 22 entreprises du CAC 40 l'ont inscrit dans leurs statuts depuis très longtemps, et personne (ou presque) ne s'en plaignait. Mais que l'Etat français l'impose, qui plus est en passant en force, comme chez Renault, ça provoque des remous. Pour certains, c'est un mauvais signal envoyé aux investisseurs étrangers.

Encore plus! Pierre Gattaz n'est jamais content. Hier, le gouvernement a annoncé un nouveau "bonus" fiscal pour les entreprises qui décideraient d'accélérer leurs investissements (l'investissement, c'est ce qui manque cruellement, aujourd'hui, à l'économie française). Coût de mesure: 2 milliards et demi d'euros. Le président de Medef salue l'initiative, ce matin.. mais d'un seul mot dans une interview accordée au Figaro. Ces mesures sont "utiles" dit Pierre Gattaz. Qui insiste surtout pour en demander beaucoup d'autres: une baisse des charges et des impôts, la simplification des procédures administratives et sociales, une réforme du contrat de travail.

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