Jean-Marc Ayrault l'a décrit comme un homme "urbain", à la conversation agréable. Mais le Premier ministre a aussi trouvé Bernard Arnault très déterminé dans sa dénonciation des projets fiscaux du gouvernement, et notamment la taxe à 75%. C'est mercredi dernier, en fin d'après-midi que les 2 hommes se sont parlés. Une quarantaire de minutes de conversation à Matignon."On a parlé de son entreprise, une belle entreprise, une grande réussite. Et on a aussi parlé des impôts, oui", raconte Jean-Marc Ayrault. "Il m'a dit sa ferme opposition à la taxe à 75%. Je lui ai répondu "crise et patriotisme". "Au final, c'est toujours le Premier ministre qui parle, je l'ai senti, beaucoup moins compréhensif que son "ami" (c'est dit dans un sourire) François Pinault". Bernard Arnault, ce week-end, a donc refait parler de lui. La révélation de son projet d'obtenir la nationalité belge a défrayé la chronique mais ce lundi matin, pourtant, cette histoire laisse une impression étrange: tout ne paraît aussi simple que "l'histoire d'un grand patron qui fuit la taxe Hollande". D'abord, les avocats fiscalistes ont expliqué que s'il s'agit, pour la première fortune de France, d'éviter l'impôt, la question de la nationalité ne compte pas. Rocambolesque, quand même, le projet de devenir à moitié belge, puis totalement belge pour enfin devenir monégasque. Il y a eu aussi les 2 démentis apportés par Bernard Arnault, lui-même. Après tout, il faut les considérer. Le premier évoquait un projet d'"investissement sensible" en Belgique (qui serait facilité, comprend-on, si Bernard Arnault devient belge): tous les regards se sont alors vers son ami Albert Frère. Le deuxième démenti est tombé quelques heures avant l'intervention de télévisée de François Hollande. Il peut se lire comme un geste d'apaisement à l'égard du Chef de l'Etat. Bernard Arnault, après plus de 24 heures de polémique, affirme qu'il n'y a rien de "politique" dans sa démarche. Et comme pour enfoncer le clou lâche ce que visiblement il avait eu tant de mal à admettre à Matignon, quelques jours plus tôt: "notre pays doit compter sur la contribution de chacun". Ce qui a permis à François Hollande, un peu plus tard, d'affirmer "ce qui ont voulu ouvrir une polémique en sont pour leurs frais".

Presque. François Hollande, hier, a fixé les contours de la taxe à 75%, visant les plus riches. Vendredi, certains journaux annonçaient une version "édulcorée" de la promesse de campagne de François Hollande... eh bien au final, c'est presque ça! Certes, les acteurs et les sportifs, finalement, paieront la taxe, à partir d'un million d'euros. Certes, il n'y aura pas une version "couple" à partir de 2 millions (qui réduisait beaucoup la contribution)... mais, au final, François Hollande confirme que cette taxe sera "provisoire" (2 ans, sans doute), que son taux effectif ne sera finalement pas de 75 mais de 67% puisque la CSG et la CRDS seront déduites. Mais surtout, les revenus tirés du capital seront exclus du calcul... alors qu'ils constituent, pour les plus riches, plus de la moitié de leurs revenus.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.