Le rôle et la responsabilité des banques. Le recours aux produits financiers complexes. Le contournement légal des règles, et de la surveillance des autorités. Les paradis fiscaux, enfin. En entendant cette énumération, vous vous dites que je vais forcément parler du G20, qui commence aujourd'hui à Séoul. Non (c'était un piège!): c'est de l'affaire LVMH/ Hermès qu'il s'agit! Oui, encore elle, mais c'est le feuilleton économique et boursier du moment. Avec chaque jour, ou presque, un nouvel épisode à lire dans les journaux économiques, ou les pages saumon. Trame principale de ce feuilleton, cette question: le groupe LVMH a-t-il triché en montant au capital de Hermès (17% aujourd'hui) sans jamais avoir déclaré les étapes de cette montée, publiquement et officiellement alors que la loi l'y oblige? Ce n'est pas une question d'élégance ou de bonne manière (bien qu'on soit dans le mileu du luxe): ça -on l'a compris dès le début de l'affaire- LVMH en a manifestement manqué. C'est une question de respect des règles des affaires. Du respect, plus prosaïque encore, des règles boursières. On le sait l'AMF, le gendarme de la bourse, vient d'ouvrir une enquête. Elle dira si LVMH a failli. Et s'il faut le sanctionner. Mais, à lire, les explications des patrons du n°1 du luxe, on comprend vite que ne sera pas le cas, tant LVMH a su jouer subtilement avec les règles, sans jamais les enfreindre vraiment. "Nous avons respecté l'esprit et la lettre des textes" a expliqué, hier, le vice-président du groupe, Pierre Godé, aux Echos. Son explication semble imparable: tout démontre que LVMH prépare depuis longtemps son attaque contre Hermès: ce qui aurait dû le pousser à se déclarer publiquement. Mais, tout été fait, également, pour "ça passe", sans avoir à se découvrir. Révélation, hier: c'est dès 2001 que LVMH a commencé à acheter des actions d'Hermès, mais juste en dessous de 5% (le seuil légal) ce qui lui évite d'alerter les autorités boursières. Fin 2007, le groupe de Bernard Arnault décide, par ailleurs (mais "ça n'a rien à voir", affirment ses patrons, avec la première opération) décide d'acheter des produits financiers complexes (des "equity swap"), basés -tiens, comme c'est étonnant...- sur des titres Hermès. Et c'est une "faille" de la Loi: ces produits n'obligent à aucune déclaration officielle. Comme pour se cacher (mais LVMH le nie évidemment), le groupe fait appel à plusieurs banques, et pas non pas à une seule. "Mais, elles nous ont toutes sollicité" se justifie le géant du luxe. En fait, agir comme ça lui permet de rester là encore, avec chacune d'entre elle, sous le seuil des 5%. Ces opérations, qui plus est, sont réalisées par des filiales de LVMH, basées au Panama et au Luxembourg: des paradis fiscaux! Pour se cacher, là encore? De Hermès? Du fisc? "Non". Seule explication, donnée par Bernard Arnault: "c'est pour des raisons... historiques". On est prié de ne pas rigoler. L'Irlande s'enfonce dans la crise. C'est toujours un "scénario à la grecque" que craignent aujourd'hui les autorités européennes. Et les marchés financiers, qui font grimper les taux d'intérêt réclamés à l'Irlande pour financer sa dette. On n'est plus très loin de 8%, quand l'Allemagne (la référence en Europe) s'endette à moins de 3%. Hier, le gouverneur de la Banque centrale irlandaise a reconnu que le Plan de soutien aux banques commerciales du pays n'a pas permis de ramener la confiance. Ni l'annonce récente d'une nouvelle série d'économies de 15 milliards d'euros, sur 4 ans. "L'Europe est prête à aider l'Irlande en cas de nécessité" déclare, ce matin, le président de la Comission européenne, José Manuel Borroso.

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