C'est souvent comme ça, avec les rapports officiels, commandés par un ministre pour tenter de désamorcer une crise, on a envie de les lire à l'envers. Pas "les lire en commençant par la fin", je veux dire: "les lire, en partant de la conclusion à la quelle on imagine le ministre voulait que l'auteur du rapport arrive". Je tente d'être plus clair: derrière un rapport officiel, il faut toujours chercher l'intention (politique) initiale. Le rapport "sur la situation de PSA Peugeot Citroën", le "rapport Sartorius", du nom de son auteur, rendu public hier, n'échappe pas à la règle. Il fait une bonne trentaine de pages et au terme de sa lecture, on se dit qu'on n'est pas loin, au final, de la prédiction d'un syndicaliste énoncée dès juillet, et le l'envoi de la lettre de mission à Emmanuel Sartorius: "son travail, disait-il, va consister à valider la fermeture d'Aulnay, et à donner une marge de négociation pour le reste du plan d'économies, annoncé par PSA: notamment, sur les mille 400 suppressions de postes à Rennes". Le rapport Sartorius, c'est exactement ça. Il valide la nécéssité d'un plan de restructuration -"malheureusement pas contestable" écrit son auteur-, mais il accable, aussi, la direction de PSA, manière de lui rappeler sa responsabilité, et donc, manière de se donner des marges de manouvre face elle, dans la négociation tripartite qui s'ouvre: Etat, direction, syndicats. Alors comment le rapport arrive-t-il à ce résultat? En donnant un peu raison à tout le monde. Les syndicats peuvent y retrouver bon nombre de leurs critiques: notamment, le défaut de dialogue et de transparence de la direction. On y retrouve également, les erreurs stratégiques passées et connues (je recommande la lecture du rapport aux étudiants et journalistes, c'est une excellente synthèse): le dimensionnement trop grand de l'outil de production, le retard dramatique de l'internationalisation du groupe, l'absence d'alliance avec un autre grand constructeur (PSA préfère les partenariats cliblés). En filigrane, on lit les limites du capitalisme familial dans un marché -celui de l'automobile- devenu "mondial", en 20 ans à peine. Les syndicats, comme Arnaud Montebourg, sont confortés également dans leurs critiques, avec la partie du rapport consacrée aux dividendes et aux rachats d'actions: 3 milliards d'euros, entre 1999 et 2011 qui auraient pu être consacrés au développement de l'entreprise. Point sensible qui a valu l'unique commentaire, hier de PSA, sur le rapport: "40 milliards ont été investis parallèlement", rétorque la direction. Pour finir, on note que le ministre du redressement productif est personnelement servi dans ce rapport. Le tenant de la "démondialisation" qu'il est, ou a été, a droit à 2 passages, dans le texte, consacrés aux Accords de libre échange, signés au niveau européen. On lit que ceux passés avec la Corée de Sud notamment, n'ont pas été favorables à l'industrie automobile française.

Karlsruhe. L'avenir de la zone euro passe, ce matin, par Karlsruhe, siège de la Cour constitutionnelle allemande. Les 8 juges suprêmes du pays doivent dire si oui ou non, le pacte budgétaire et le MES, le Mécanisme Européen de Stabilité (le nouveau fonds de secours) sont compatibles avec la Constitution allemande. Si la réponse est non, c'est tout le plan de sauvetage de la zone euro qui s'effondre.Bruxelles. Une autre partie de ce plan, c'est l'union bancaire, la mise en place d'une supervision européenne des banques. La commission européenne dévoile son projet, aujourd'hui.

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