Avec l'alerte lancée autour des centrales nucléaires du nord-est du Japon, la météo est particulièrement observée. Les vents, précisément. Comment sont-ils orientés? Vont-ils repousser les fuites radioactives vers l'océan ou, au contraire, vont-ils les ramener vers l'île et ses habitants. On observe donc, depuis vendredi les vents contraires: vents du nord-est contre vents marins. Pour comprendre la situation économique dans laquelle se trouve, désormais, le Japon -la 3ème puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis et la Chine-, il faut s'y prendre, finalement, un peu de la même façon: analyser, peser, les effets contraires d'une telle catastrophe. Tous, en effet, ne vont pas forcément, et heureusement, dans le même sens: celui d'un effondrement du pays. Ce qui rend la prévision extrêmement hasardeuse. Alors bien sûr, et c'est ce que reflète la bourse, ce matin, dans l'immédiat, c'est le scénario du chaos qui l'emporte. Le porte-parole du gouvernement japonais, lui-même, parlait hier d'un impact économique "considérable". Presque aucune usine ne tourne aujourd'hui, au Japon. L'alimentation en électricité va, forcément, être très compliquée dans les prochains jours. Et même, dans les prochains mois. Les économistes tablent, donc, déjà, pour une rechute du pays en récession. D'autant que le dernier trimestre 2010 était déjà légèrement négatif. Mais, "à ce stade de la catastrophe" si on peut dire (c'est-à-dire en excluant le scénario du pire: celui d'une ou plusieurs explosions de réacteurs nucléaires), on doit noter que la région directement touchée par la/les catastrophes ne pèse que 8% du PIB japonais: l'économie du pays n'est donc pas "à terre". Loin de là. Vent contraire, l'effort de reconstruction à venir est, lui, "positif". Le précédent de Kobé, le tremblement de terre de 95, est évidemment cité. Il avait touché l'un des plus importants ports du pays, mais il a, mécaniquement, dopé les investissements, généré de la croissance. Les besoins de la population (qui a renouvelé, racheté les biens perdus) ont aussi contribué à un fort surcroît de croissance. Sauf que -nouveau vent contraire-, le Japon n'est plus dans la même situation: le pays est surendetté (la dette représente 200% de son PIB). Et l'arme monétaire, elle aussi, est réduite: les taux d'intérêt (qu'on baisse généralement en pareil situation pour stimuler la croissance) sont déjà, aujourd'hui, à zéro au Japon. Très forte baisse. Ce n'est, évidemment, pas une surprise, au regard de la situation du pays. Le Nikkeï a reculé, ce lundi, de plus de 6%, au terme de la première séance complète de cotation depuis le tremblement de terre, le tsunami et l'alerte nucléaire. - 6,18% exactement. Ce sont les valeurs industrielles qui ont le plus souffert. L'électronique, mais surtout les constructeurs automobiles: Nissan, Toyota, Honda, Mitsubishi, ou Suzuki. Toutes leurs usines sont à l'arrêt, aujourd'hui. Non seulement, celles du Nord-est du pays, touchées par le séïsme... mais aussi celles du reste du pays. La stratégie japonaise de production à "flux tendu" fait craindre des ruptures d'approvisionnement. Coupures. Des ruptures, auxquelles s'ajoutent des coupures d'électricité "planifiées". Elles doivent permettre d'éviter le "black-out", alors que 11 réacteurs nuclaires sur 50 sont arrêtés. BoJ. Depuis ce matin, la Banque Centrale du Japon est à la manoeuvre: pour soutenir l'activité, elle a injecté l'équivalent en yens de plus de 130 milliards d'euros. C'est du jamais vu.

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