Jean-Baptiste Say
Jean-Baptiste Say © Radio France

Cette phrase-là fonctionne comme un message subliminal adressé aux économistes, et à tous ceux à qui il reste quelque chose de leurs cours d’économie. Dans son propos liminaire, hier à l’Elysée, François Hollande a cité, sans le dire mai avec un peu de malice, Jean-Baptiste Say, le grand ancêtre français des… libéraux. Oui, des libéraux! "Né à Lyon le 5 janvier 1767", nous rappelle Wikipédia, "et mort à Paris, le 14 novembre 1832", "c’est le principal économiste classique français ", grand pourfendeur de l'intervention de l'Etat. L’un de ses apports à la Science économique, c’est sa "Loi dites des débouchés", résumée ainsi: "l’offre créé sa propre demande". François Hollande, hier, a repris presque mot pour mot, cette expression pour justifier son choix en faveur des entreprises. Une référence inédite dans la bouche d’un Socialiste! Une provocation? Un clin d’oeil, peut-être, à tous ceux qui cherchent à définir sa ligne politique. Un pari, pourquoi pas. L’économiste Eric Heyer, hier, n’en est pas revenu, en tout cas (de cette référence). Le Keynésien qu’il est, était à 2 doigts de couper sa télé, raconte-t-il. Il a finalement regardé jusqu’au bout, et son constat est sans appel: en laissant de côté le débat théorique (vieux comme l’économie, elle-même), sur cette Loi de Say, l’économiste estime, avant tout, que le choix de Hollande est mauvais dans le contexte actuel. Parce que le "choc" d’offre qu’il propose ne peut fonctionner qu’à 2 conditions, et qu'"elles ne sont pas réunies". La première: il faudrait que les entreprises répercutent intégralement, sur le prix de leurs produits, la baisse de charges accordée (c’est ainsi que l’offre créé sa demande). Or, les patrons affirment qu’ils veulent s’en servir d’abord, pour reconstituer leurs marges. A court-terme: zéro effet, donc. 2ème condition: il faudrait être seul à pratiquer cette politique pour une meilleure compétitivité. Mais nos voisins européens ont fait exactement le même choix, plus fortement encore que nous. Du coup, on ne gagnera pas de demande supplémentaire! L’offre "à la mode Hollande" ne créera pas sa propre demande. D’ailleurs, selon la démonstration de cet économiste, beaucoup de patrons le disent, dans les enquêtes de conjoncture. Ou encore quand on évoque, avec eux, le "pacte de responsabilité": "ce n’est pas la baisse des charges qui nous permettra d’embaucher", disent-ils mais "un carnet de commandes bien rempli ». Une autre façon de dire que c’est bien, d'abord, d’un problème de demande dont souffrent les entreprises, aujourd'hui. Et non d’offre.

Famille. "Je fixe un nouvel objectif: la fin des cotisations familiales" a dit le Président de la République, hier. Et c'est exactement ce qu'attandait le patronat, même s'il y a une astuce: ce nouvel allégement de charges se substituera, à partir de 2016, à l'actuel CICE, le Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi: il ne s'ajoutera pas. La baisse supplémentaire, sur le coût du travail, sera, donc, de 15 milliards. 35, au total quand le Medef en espérait 50. Les pertes de recettes pour la branche "famille" de la Sécurité Sociale seront compensées par des économies: les syndicats attendent des garanties.Chômage. La bataille pour l'emploi "n'est pas encore gagnée" a dit, encore hier, François Hollande. Confirmation de l'Unedic, hier. L'Assurance-chômage anticipe l'arrivée, cette année, de 63 mille demandeurs d'emploi supplémentaires.

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