Je ne sais pas comment vous vous y prenez quand vous voulez signifier à quelqu'un que vous n'avez pas envie de le voir... en économie, en tout cas, il existe une méthode : on dresse ce qu'on appelle des "barrières à l'entrée" d'un marché. Alors évidemment, c'est interdit. Le crédo, c'est bien "la concurrence libre et parfaite", mais ces barrières, elles existent bel et bien. Visibles ou invisibles, discrètes, subtiles ou "grosses comme un camion". L'une d'elles consiste à être extrêmement procédurier pour éviter l'arrivée d'un nouveau concurrent. C'est exactement ce qui est en train de se jouer dans la téléphonie mobile. Trois opérateurs se partagent le marché : Orange, SFR et Bouygues Telecom. Une 4ème licence existe mais elle n'est toujours pas attribuée. Après un premier échec en 2007, une nouvelle procédure d'attribution est lancée depuis quelques mois, mais "patine" - perd beaucoup de temps - grâce (si on peut dire) à l'excellent "travail de sape" des opérateurs en place. C'est là qu'on doit rappeler qu'ils ont été condamnés en 2005 pour "entente illicite" (ils s'échangeaient des informations pour se partager le marché). Aujourd'hui, ils sont plutôt dans ce qu'on appelle la "collusion": ils se surveillent, se copient pour maintenir leurs marges et leurs cours de bourse. Et ils veillent, à ce qu'aucun nouvel entrant ne vienne "piquer" une part de leur "rente"! Concrètement, en ce moment, ces opérateurs bataillent contre le prix de cette future 4ème licence, qu'ils veulent voir la plus chère possible. Début mai, le gouvernement l'avait fixé à 206 millions : estimation jugée "correcte" par les experts. Elle était même validée par le Conseil d'Etat, mais les opérateurs ont quand même menacé d'attaquer (l'un d'eux a estimé que cette licence valait plus d'un milliard !). Alors une nouvelle consultation a été lancée, et hier soir, un nouveau prix a été fixé à 240 millions d'euros, cette fois-ci. 34 millions de plus. Les Associations de consomateurs, qui craignaient le pire, sont rassurées. Ce prix n'est pas "disqualifiant". Free, par exemple (puisque c'est le candidat le plus crédible), peut toujours se lancer s'il le souhaite. Mais l'histoire n'est pas finie. D'autres procédures judiciaires (ou devant la Commission de Bruxelles) sont toujours possibles. Et on peut parier, sans trop se tromper, qu'elles seront effectivement lancées. Parler de la fin de crise... peut coûter cher ! On savait, déjà, que c'était risqué (personne n'est, en effet, vraiment sûr que cette crise soit bientôt finie) mais on sait, depuis hier, que le simple fait d'évoquer une possible et prochaine "sortie de crise" n'est pas sans conséquence. C'est ce qu'a fait le G8 "finances", réuni ce week-end en Italie. Résultat hier, toutes les places boursières ont plongé. -3,2%, par exemple à Paris. Les opérateurs craignent, en fait, qu'avec cette annonce, le G8 mette fin à ses mesures de soutien à l'activité, ses immenses plans de relance. D'où, les ventes massives d'actions et ses prises de bénéfice. Un sursis supplémentaire pour Thomson. Le groupe est au bord de la faillite. Plus de 20 000 salariés dans l'attente. L'ancien fleuron de l'industrie française n'a plus les moyens de rembourser sa dette de 3 milliards d'euros. La date limite pour trouver une solution avec ses créanciers était fixée à aujourd'hui. Elle a été finalement, hier soir, repoussée au 24 juin.

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