Petit test, vendredi dernier, à l'occasion d'un déjeuner avec un patron du CAC 40. Je tairais son nom (j'ai promis...). Le menu, en revanche, je peux le révéler, c'était: caviar (d'aubergines), poisson et dessert aux fruits. Le test n'était pas gustatif, quoiqu'il en soit. J'avais décidé, en prévision de cette chronique, de compter tous les mots ou expressions tirés de l'anglais, qu'allait utiliser ce grand patron. Cétait courru d'avance: il allait les multiplier. Ce ne fut absolument pas le cas. Je n'en ai noté qu'un seul, mais prononcé dès sa première phrase: le digital! Rien d'original: en ce moment, les patrons n'ont que ce mot (anglais) à la bouche. "Ma priorité, c'est le digital", disent-ils. En bon français, on dit le "numérique" mais eux, préfèrent "digital". Comme si "numérique", c'était ringard: le vieil Internet, le passé. Alors que le digital, c'est l'avenir. Pour la linguiste Henriette Walter (qu'il faut bien citer, en cette journée), elle qui répète qu'il ne faut avoir peur des mots étrangers, l'utilisation de "digital", à la place du "numérique", c'est l'exemple typique d'un emprunt inutile à l'anglais. Le mot français veut dire exactement la même chose, il n'est pas plus long (3 syllabes), mais si on lui préfère l'anglais, c'est juste parce qu'on a l'impression qu'il fait plus jeune, plus moderne, plus dynamique. Plus professionnel. Evidemment, le monde des affaires fait partie, avec les médias, la mode, le sport) de ces milieux où on emprunte beaucoup à l'anglais: "manager", "deadline", "leader", "reporting". Les "asap" dans les courriels. "asap", pour "as soon as possible", qui pourrait, aisément, être remplacé par DQEJALT... "Dès Que J'En Aurai Le Temps". Un peu long, c'est vrai. L'anglais, très présent en économie, c'est évidemment parce que la finance -anglo-saxone- domine. Chaque période, chaque domination, dans un secteur, impose ses termes. Dans le ferrovaire, c'est l'anglais d'Angleterre (rail, wagons). Dans l'aéronautique, c'est l'anglais d'Amérique. Tout ça est assez logique. Mais si on remonte le temps, on découvre que "banque" et "banqueroute" viennent de l'Italien (de l'époque, où ils étaient les maîtres du secteur). On découvre aussi qu'il peut s'agir d'aller-retour. Je vais faire mon malin: "budget", c'est un terme anglais, importé par la Révolution française, mais qui vient du Français, "bougette", un petit sac, dans lequel on mettait de l'argent et des objets précieux.

Bis repetita? Orange pourrait vendre dailymotion aux... Chinois! Orange, l'opérateur français, s'apprêterait à vendre 49% de dailymotion (la plateforme vidéo françaises), à PCCW, un groupe chinois, de Hong Kong. Au printemps 2013, Arnaud Montebourg s'était opposé à une telle vente (à l'époque: à l'Américain Yahoo!), et avait provoqué une belle polémique. Cette fois-ci, Orange conserverait le contrôle, et le gouvernement ne serait pas hostile à l'arrivée d'un "partenaire" pour accélérer le développement de dailymotion à l'international.

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