"40 euros (le montant de la prime exceptionnelle que vont toucher certains retraités), ce n'est pas grand chose" a concédé Manuel Valls, hier soir, sur le plateau du 20h de TF1. "Pas grand chose" mais c'est aussi le résultat, pour le gouvernement, d'un épisode "peu glorieux", pour reprendre l'expression d'un conseiller ministériel. Celui des petites retraites, c'est-à-dire celles fixées en-dessous de 1 200 euros. Avant l'été, déjà, ça avait pas mal tangué. Elles avaient été gelées, dans le cadre des 50 milliards d'économies. Puis dégelées, sous la pression des "frondeurs du PS". On en était là, vendredi dernier quand Marisol Touraine a annoncé que, finalement, il n'y aurait rien, conséquence mécanique d'une inflation quasi-nulle. Seul le minimum vieillesse, annonçait la ministre des affaires sociales, bénéficierait d'une revalorisation. C'est à partir de là que le feuilleton des petites retraites dérape à nouveau. 5 témoins de cette affaire permettent de reconstituer toute l'histoire, même si chacun a sa version, qui ne recoupe pas totalement, ou contredit même, celle des autres. Selon un parlementaire qui a ses entrées à Matignon, Manuel Valls est agacé par l'annonce de sa ministre, 3 jours avant son discours de politique générale. La décision a toutes les chances de "chauffer" les contestataires de sa majorité. Aussi, le lendemain, dans le Journal du Dimanche, il fait savoir qu'il envisage, finalement, de "compenser l'effet négatif de l'inflation", mais sans en dire plus. C'est Jean-Marie Le Guen, le ministre des relations avec le Parlement, qui, un peu plus tard sur une radio, parlera plus clairement d'un "coup de pouce pour les petites retraites". Pour se justifier auprès de certains députés qui l'appellent, à sa sortie: il dira simplement... qu'il l'a lu dans le JDD! La "bétise" est là, pour certains. Pour d'autres, c'était parfaitement prémédité. L'affaire, en tout cas, s'emballe, le gouvernement ne peut plus reculer et imagine, entre dimanche et lundi, cette prime exceptionnelle de 40 euros. "Pas grand chose", mais finalement une somme inespérée. Un député résume: si Marisol Touraine avait fait son annonce après le discours de politique générale, on peut rajouter "si Jean-Marie Le Guen n'avait pas lu le JDD", jamais, peut-être, cette "prime" n'aurait vu le jour. "C'est l'effet papillon" conclut, résigné, un conseiller.

Réponse. Pierre Gattaz répond à Manuel Valls. C'est sur son blog (pierregattaz.fr) que le patron du Medef réagit, officiellement, au discours du Premier ministre. Il qualifie de "bonne nouvelle" le vote de confiance. En revanche et sans surprise, Pierre Gattaz n'a pas apprécié la partie du discours qui le visait directement: "si on qualifie de "surenchère" tout ce qui est proposé, on risque de ne pas aller bien loin". Reprenant le Premier ministre, Pierre Gattaz écrit: "réformer ce n'est pas réduire le SMIC, supprimer le CDI, diminuer les salaires des fonctionnaires, et casser notre modèle social: nous sommes d'accord", mais ajoute-t-il "réformer, ce n'est pas rien changer".

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