"Gouverner, c'est choisir": tout le monde connaît l'adage mais alors qu'on pensait qu'il s'agissait de choisir entre plusieurs moyens d'action (quelle mesure prendre?), on découvre qu'il peut s'agir, parfois, de choisir entre 2 réalités. Je m'explique. Hier, l'INSEE a publié toute une série de données statistiques sur la flambée des prix de l'immobilier. Elles confirment ce que tout le monde éprouve aisément en faisant ses comptes: le poste "logement" de notre budget pèse de plus en lourd. En une quinzaine d'années, le prix des logements anciens, en France, a fait un bond de 141%. C'est bien plus rapide que la progression de nos revenus (+43%). C'est plus rapide encore que l'inflation sur la même période (+21%). Autre constat confirmé par l'INSEE: les prix de l'immobilier montent très facilement. Mais, en revanche, peinent toujours à redescendre. C'est ce qui explique qu'on ait déjà effacé aujourd'hui, les effets de la crise de 2008. Mais, ce qui est plus intéressant, c'est la conclusion à laquelle arrive le patron de l'INSEE, Jean-Philippe Cotis: pour lui, à la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis, en Irlande ou en Espagne, il n'y a pas de "bulle immobilière", en France. Les prix élevés s'expliquent davantage, selon lui, par la pénurie de logements, que par une quelconque spéculation financière. C'est là qu'on touche au difficile exercice du pouvoir, parce qu'au gouvernement, ce rapport de l'INSEE vient totalement contredire un autre rapport. D'un autre organisme rattaché au Premier ministre: le Conseil d'Analyse Stratégique. Il vient de conclure, à l'inverse de l'INSEE, à l'existence possible d'une "bulle immobilière" en France. A l'appui de cette thèse: l'évolution des loyers. Sur 25 ans, ils ont augmenté évidemment, mais plutôt raisonnablement (grosso modo, comme les revenus). Conclusion de cette étude: l'idée d'une pénurie ne tient pas. Celle d'une bulle spéculative, en revanche, devient crédible, avec des responsables tout désignés: ceux qui sont déjà propriétaires. Immunisés contre la hausse des prix (puisqu'ils peuvent payer leur nouveau logement avec la plus-value réalisée sur leur bien précédent), ils poussent les prix vers des sommets. Au détriment de ceux qu'on appelle les primo-accédants. C'est au gouvernement, maintenant de choisir entre ces 2 versions totalement opposés. Pas facile. Parce qu'on le sait: les bulles, c'est quand elles éclatent, et seulement à ce moment, qu'on peut confirmer leur existence. Le FMI et les Etats-Unis commencent à lâcher Dominique Strauss-Khan. "Il n'est pas en mesure de diriger le Fonds Monétaire International": déclaration, cette nuit, de Tim Geithner. Le secrétaire américain au Trésor ajoute qu'il souhaite, maintenant, que le FMI puisse enclencher le processus de sa succession. Au FMI, on semble s'impatienter également: son porte-parole, hier, a fait savoir qu'aucun contact avec Dominique Strauss-Khan n'a eu lieu depuis son arrestation. Ca ressemble à un appel du pied à ses avocats: le FMI, manifestement, aimerait connaître sa stratégie de défense, pour pouvoir prendre position. Et la Tunisie? Un appel d'économistes en faveur de la Tunisie. Les Américains Joseph Stiglitz -Prix Nobel-, Nouriel Roubini, les Français Daniel Cohen, Jean-Hervé Lorenzi, Jean-Paul Fitoussi et beaucoup d'autres demandent au G8 d'adopter, au plus vite un vaste "plan économique" (d'au moins 20 milliards de dollars) pour soutenir la transition démocratique tunisienne. Débat avec mon camarade Thomas Legrand. Il me dit le fameux adage, c'est "gouverner, c'est prévoir". J'ai retrouvé, moi, l'expression. Il s'agirait d'un extrait du discours de Pierre Mendes France, prononcé devant l'Assemblée nationale, le 3 juin 1953.

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