C'est vous Nicolas qui avez posé cette question, hier. Un peu avant 9h, Christine Lagarde s'expliquait sur Quick (pourquoi, donc, l'Etat, via la Caisse des Dépôts et Consignations, est-il le propriétaire d'un vendeur d'hamburgers), la ministre de l'Economie répond, donc, à cette question. Un peu rapidement. Et, c'est là que vous vous tournez vers moi et prononcez cette désormais fameuse phrase: "pas d'autres questions hamburger?". Je n'ai pas enchaîné, pas relancé, parce qu'en fait je n'écoutais pas. Ou plutôt je n'écoutais que d'une oreille. Bernard Guetta, mon voisin de table, me demandait, en effet, à ce moment précis, si la ministre ne venait pas, de dire une contre-vérité en expliquant que la Caisse des Dépôts faisait très bien son métier, notamment en gérant parfaitement l'argent du Livret A "qui se porte très bien" ajoutait-elle. J'ai tenté (en chuchotant à l'oreille de Bernard) une explication... ce qui m'a finalement détourné des propos de la ministre qui poursuivait sa démonstration. Je n'en ai pas dormi, d'autant que la question de Bernard est pertinente! Je vais donc lui répondre maintenant. Faute de pouvoir rejouer la scène avec Christine Lagarde. Est-ce que le Livret A se porte si bien que ça, aujourd'hui? Si on regarde, son bilan de l'année 2009, la réponse est "oui". En un 1 an, les Français ont déposé 16 milliards d'euros supplémentaires sur leurs Livrets. C'est l'une des meilleures collectes de toute l'Histoire. Avec la baisse du taux de rémunération, la tendance s'est inversée depuis quelques temps, mais on reste sur d'excellents niveaux. S'il faut s'inquièter pour le Livret A, c'est pour son avenir à moyen terme. C'est passé assez inaperçu, mais dans son dernier Rapport, la Cour des comptes a estimé que le Fonds d'épargne, où est centralisé l'argent des Livrets A (et qui est géré par la Caisse des Dépôts) pourrait manquer de ressources à partir de 2013. Les raisons sont multiples, mais l'une d'elles c'est que l'Etat puise un peu trop souvent dedans! Le gouvernement commence à prendre l'habitude de financer, avec l'argent du Livret A censé aller au logement social, d'autres politiques d'intérêt général, qui devraient être payées sur le budget courant de l'Etat. L'hôpital, par exemple. Avec la crise, l'Etat n'a pas pu s'empêcher encore de piocher dans la caisse: 38 milliards, par exemple, pour financer des mesures du Plan de relance. Et encore 445 millions d'euros pour participer au sauvetage de la banque franco-belge Dexia. Une prise de risque d'où ce regret de la Cour des comptes: l'argent du Livret A n'est plus, aujourd'hui, tout à fait géré comme un bon père de famille. * Un ajout: pour l'année 2008, la Cour des comptes note que si le résultat financier du Fonds d'épargne reste positif, c'est grâce à un opportun changement de normes comptables (page 350)! La bourse sanctionne la Société Générale. Le titre a perdu un peu plus de 7%, en une seule séance hier. Le marché sanctionne sévèrement la banque qui affiche des bénéfices 2009, quasiment 10 fois inférieurs à ceux de BNP Paribas. Le constrate est cruel. Surtout, la Générale semble toujours engluée dans la crise des subprimes: plus de 4 milliards d'euros d'actifs "toxiques" pèsent sur les comptes 2009. Côté "bonus", en revanche, tout va bien. Frédéric Oudéa, le patron de la banque, renonce à toutes ses différentes primes, mais ses traders vont se partager plus de 500 millions d'euros de bonus (la moitié, immédiatement et en cash). Taxe comprise, ces bonus représentent l'équivalent des bénéfices de l'année de la Société Générale! L'emploi, avant les salaires. Alors qu'en France, plusieurs conflits pour les salaires, se poursuivent. Chez Ikéa, par exemple. En Allemagne, le puissant syndicat IG Metall signe un accord salarial, qui concrêtement "gèle" les salaires des métallos allemands pendant presque 2 ans! Le syndicat, avec le patronat, de l'autre côté du Rhin jouent l'emploi, avant les salaires, en préservant la compétitivité de l'industrie allemande!

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Cour des Comptes: le chapitre sur le Fonds d'épargne

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