La dégradation de la note de la France, par l'agence de notation Moody's. D'une certaine façon, les "baguettes explosives" de la une de "the economist", la semaine dernière, constituaient un parfait coup de semonce. Venu du monde des affaires, et des anglo-saxons. Moody's avait placé, en février dernier, la France sous observation, avec perspective négative. Le risque était bien là... et la perte du triple A, annoncée hier soir, n'est donc pas véritablement une surprise. Certainement pas pour François Hollande et son gouvernement, qui justifiaient le maintien de l'objectif de 3% de déficit, l'année prochaine, par leur volonté de rester crédibles vis-à-vis des marchés financiers. Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie, estimait, il y a 1 mois, d'ailleurs que les agences de notation "étaient sensibles aux efforts engagés" (c'est une citation) et qu'elles étaient "prêtes à laisser du temps" au gouvernement français. C'est raté.Comment Moody's justifie cette dégradation de note française. Clairement, l'agence de notation n'est pas convaincue par les décisions du gouvernement Ayrault. Certes, elle prend acte de l'engagement "fort" pris pour mener des réformes structurelles et réduire les déficits. Mais l'agence trouve que ça ne va pas assez loin. Sur la compétititvité notamment, et ce, malgré les décisions prises dans la foulée du rapport Gallois. L'agence -et ce n'est pas une surprise de sa part- trouve aussi que l'économie française conserve trop de rigidités. Sur ses marchés de biens et services. Et, surtout, sur son marché du travail. C'est l'objet de la "grande" négociation en cours entre les syndicats et les patrons. "Les CDI sont trop protecteurs", peut-on lire dans son rapport, "les licenciements sont, en France, particulièrement difficiles". L'agence de notation semble, par ailleurs, réservée sur l'objectif fixé de réduction des dépenses publiques. "Le bilan des gouvernements français successifs, depuis 20 ans, est maigre". Moody's pointe encore 2 raisons pour retirer son triple A à la France. Les perspectives économiques, d'abord: les prévisions officielles (à 0,8% en 2013, puis 2% à partir de 2014) sont "exagérèment optimistes", écrit l'agence. Autre raison: l'exposition trop large, trop forte de la France à la situation de la zone euro. Son économie est trop dépendante de l'Europe, pas assez orientée vers les pays émergents. De plus, les difficultés de la Grèce, de l'Italie, de l'Espagne, renforcent ses obligations "de solidarité financières". Donc, renforcent les risques de dérapages budgétaires.Quelles conséquences. On ne va pas vous refaire le "coup" de la dernière fois, quand Strandard & Poor's a retiré le triple A à la France. On annonçait le pire, il n'est jamais arrivé. Les taux d'intérêt, payés par la France pour s'endetter, sont montés, pendant quelques jours, quelques semaines. L'écart avec les taux allemands, le fameux "spread" s'est accentué. Puis tout ça a reflué. Et on constate, au final, que la France, en 2012, ne s'est jamais endettée à si bon prix. Là, la perte d'un 2ème triple A (2 agences sur 3, désormais, l'ont retiré à la France) aura un effet mécanique à la baisse (certains Fonds vont devoir se débarrasser de leurs titres français), aura un effet "psychologique" aussi mais, globalement, les experts ne s'attendent pas à une "tempète". Le gouvernement français, dans ses objectifs d'endettement pour 2013, s'est, par ailleurs, donné un peu de marge, en fixant le taux moyen d'endettement à 2,9% l'année prochaine, quand on obtient, aujourd'hui, en moyenne 2,2%. De quoi voir venir.

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