Ces 600 millions d'euros, perdus par la Caisse d'Epargne, sur les marchés financiers (qui plus est, sur le marché des "dérivés", parmi les plus spéculatifs), cet "incident de trading" a, sans doute, fonctionné comme un révélateur pour la plupart des clients de l'Ecureuil. Ils se rendent à l'évidence : leur banque n'est plus la banque de papa et de grand-papa ! En fait, la transformation a commencé, il y a une dizaine d'années, et elle sera "totale" (si on peut dire) en janvier prochain, quand les Caisses d'Epargne perdront le monopole de la distribution du Livret A : l'Ecureuil, alors, sera totalement "banalisé"! En multipliant les acquisitions à l'étranger, en France (le rachat de meilleurtaux.com), en investissant dans l'immobilier (la création de Nexity) et surtout en créant, avec les Banques populaires, une banque de financement et d'investissement (Natixis) ; la Caisse d'Epargne a mené, au pas de charge, sa transformation. C'est ce qu'elle paie, finalement, aujourd'hui, en pleine crise financière : une croissance trop rapide qui alimente les rumeurs les plus folles sur la solvabilité du groupe et son besoin d'argent frais (6 milliards et demi d'euros, affirmait récemment "Le Canard enchaîné"), une croissance rapide encore, qui pousse la banque à s'aligner sur les critères de rentabilité du secteur, et qui la pousse donc à prendre des risques... jusqu'à perdre, finalement, 600 millions. Dans cette crise d'ailleurs, il n'est pas surprenant de constater que les grands établissements mutualites souffrent tout autant que les autres, sinon plus. L'Ecureuil donc, mais aussi l'assureur Matmut, qui annonce une perte de 20 milions d'euros, ou encore le Crédit Agricole qui affiche les plus grosses pertes directes liées au subprimes. Elles semblent toutes payer leur stratégie de rattrapage des grandes banques commerciales. Les têtes tombent à l'Ecureuil. Sour la pression politique notamment, les patrons des Caisses d'Epargne sont poussés vers la sortie. Charles Milhaud, le président, et Nicolas Mérindol, le directeur général de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne, ont démissionné, hier soir. Ils sont remplacés, l'un comme l'autre, par le patron d'une caisse d'Epargne régionale. C'est une sorte de "reprise en main". Après l'annonce d'une perte de 600 millions d'euros, Nicolas Sarkozy, ainsi que plusieurs ministres et responsables de la majorité avaient demandé que les dirigeants de l'Ecureuil prennent leurs reponsabilités. Charles Milhaud, du coup, part "sans indemnité". C'est le Conseil de surveillance des Caisses d'épargne qui lui aurait refusé son "parachute doré". La crise financière, toujours. Après Fortis, l'Etat néerlandais a volé, hier, au secours d'une nouvelle banque. Il injecte 10 milliards d'euros dans le capital du bancassureur ING. Les places asiatiques en hausse, ce matin. Tokyo termine en hausse +3,6%. C'est le calme, avant (peut-être) la tempête : on attend cette semaine, les résultats trimestriels des grandes entreprises américaines. Une seule question vaut : à quel point sont-elles rattrapées par la crise.

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