Toutes les précautions avaient, pourtant, été prises par Valérie Rabault, la Rapporteure générale du Budget, à l'Assemblée nationale. Dans son rapport sur le projet de budget pour l'année prochaine, dont l'examen reprend, cet après-midi, après la pause du week-end, Valérie Rabault avait pris soin de justifier la décision d'épargner les professionnels (les transporteurs routiers, notamment) de la hausse annoncée des taxes sur le gazole. Ces professionnels sont "objectivement dans une situation différente des autres consommateurs" peut-on lire dans son rapport, qui rappelle l'ancienneté de ce régime fiscal particulier dont bénécient aussi les agriculteurs et taxis (il date de 1998). Elle rappelle aussi la jurisprudence permanente du Conseil Constutionnel en la matière, qui n'a jamais retoqué le système de remboursement de la taxe gazole pour les professionnels. Et comme pour se couvrir de toutes les critiques, celles, qui pourraient venir, pourquoi pas, de la Cour des Comptes, Valérie Rabault cite même, dans ce rapport, Didier Migaud (son premier président), qui quand il était à sa place (Rapporteur général du Budget), avait justifié, lui aussi, ce régime particulier. Bref, en 2015, les routiers devaient encore échapper à la hausse annoncée des taxes sur le gazole. Mais, ça, c'était avant l'abandon de l'écotaxe. Avant une réunion, jeudi dernier, au Ministère des transports qui a fixé les moyens de compenser la perte de recettes pour l'Etat (320 millions d'euros, au total). Cet après-midi, le gouvernement devrait déposer des amendements proposant que les professionnels du transport paient, eux aussi, les 4 centimes supplémentaires par litre de gazole que les automobilistes vont devoir payer, à la pompe, dès l'année prochaine. 4 centimes qui se décomposent, ainsi: 2 centimes au nom de la "taxe carbone": la décision a été prise, l'année dernière. Et 2 centimes de plus à voter cette année, au nom, cette fois-ci, de l'abandon de la première version de l'écotaxe. En Commission, c'est sur l'effort supplémentaire demandé aux automobilistes, aux particuliers, que les débats ont, naturellement, porté. A Gauche, on a admis que le "sujet est sensible, explosif même". A droite, la mesure a été contestée au nom du "raz-le-bol fiscal". La Rapporteure, elle, a fait ses comptes. Dans son rapport, elle étudie l'impact de la mesure pour les ménages: entre 15 et 35 euros, pour toute l'année 2015. La Rapporteure note, surtout, qu'avec la baisse du prix du baril de brut, les hausses de taxes sur le gazole de 2015, mais aussi de 2016 (parce que ça doit continuer) seront totalement compensées. Elle le promet: en 2015 et en 2016, "on paiera son gazole moins cher qu'en 2012".

Sûr. Emmanuel Macron est "totalement sûr" que Bruxelles ne rejettera pas le budget de la France. Déclaration, hier, du ministre de l'Economie. Elle surprend parce qu'a ce stade, on ne voit pas comment la Commission européenne pourrait fermer les yeux sur le dérapage budgétaire français. Mais Paris veut invoquer des "circonstances exceptionnelles" pour convaincre: une croissance et une inflation très faibles. Il y a une autre solution: selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, la France et l'Allemagne travailleraient à la rédaction d'une sorte de "pacte": Berlin s'opposerait à des sanctions contre la France. En échange, Paris fixerait une feuille de route précise en matière de reduction de déficit et de réformes structurelles.

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