"Mais arrête de me vouvoyer, tutoie-moi! Tutoie-moi comme tout le monde". Christophe de Margerie bousculait, souvent, ses interlocuteurs de la sorte, interlocuteurs "trop obséquieux" à ses yeux. Il s'en amusait. Mais il était, aussi, très sérieux: "la France souffre de tous ces blocages" disait-il, de ses précautions oratoires "d'un autre âge", selon lui, de sa "lutte des classes permanente" disait-il encore. Lui tutoyait beaucoup de monde: François Hollande, le secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet (son cousin, par alliance), les ministres, mais aussi les dirigeants africains. Il était un familier des émirs du Golfe. C'est ainsi que beaucoup le décrivait: "à l'aise, dans tous tous les milieux". Lui, l'un des héritiers des champagnes Taittinger, qui a fait toute sa carrière chez Total, dans l'industrie lourde, la plus mal-aimée. Sa rondeur, sa jovialité: c'est, sans doute, ce qui a pesé quand il a fallu, à l'époque, choisir un sucesseur à Thierry Desmarest, à la tête de Total. Desmarest, trop raide et disqualifié après les catastrophes de l'Erika et d'AZF. Christophe de Margerie, le bon vivant, le grand amateur de wishky et de soirées qui n'en finissent pas (il ne devait dormir que quelques heures par nuit), Margerie et ses grosses moustaches sympatiques était, clairement, chargé de redorer l'image de la première entreprise française. "Mission impossible" finira-t-il par penser, marqué par son premier passage au Grand Journal de Canal+: devant lui, la miss météo se fait recouvrir de mazout. Total et la Birmanie, Total et ses impôts, Total et ses raffineries françaises qu'il ferme malgré ses bénéfices géants. Total et le scandale de corruption "pétrole contre nourriture", l'entreprise est critiquée de toute part. Il y a quelques jours encore, elle lançait une nouvelle campagne de publicité mondiale, promettant de produire "mieux" (et non de produire plus). Paradoxalement, Christophe de Margerie, en public comme en privé, prenait rarement des précautions pour dire ce qu'il pensait, pas question d'arrondir les angles. Il défend les gaz de schiste, se plaint des lourdeurs françaises, des élus. Un grand patron, habitué des réunions de l'AFEP, l'Association des grandes entreprises françaises, raconte comment Christophe de Margerie bousculait, engueulait même, les responsables politiques, invités dans le huis-clos de leur rendez-vous. A Davos, en janvier dernier, cela dit, au coeur de "village global", vaste "café du commerce" des décideurs du monde entier, très portés sur le "french bashing", il avait pris le contrepied (comme souvent), et défendu, bec et ongles, la France.

Voté. Les députés ont achevé, cette nuit, l'examen du volet "recettes" du budget 2015. Avec un peu de mal, en fin de journée: mis en minorité sur un amendement mineur, le gouvernement a dû suspendre tout vote pendant une quarantaine de minutes. Dans les rangs de la majorité, sans doute trop de frondeurs... Au final, une trentaine d'élus PS devrait s'abstenir lors du vote solennel de cet après-midi. Sur le fond, le texte n'a pas bougé: la première tranche d'impôt sur le revenu sera supprimée, les taxes sur le gazole augmenteront, comme la redevance audiovisuelle. Les collectivités locales verront leur dotation réduite de 3 milliards 7. 1 milliard de moins encore pour plusieurs agences de l'Etat: Chambres de Commerce, Chambres d'agriculture, agences de l'eau.

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