On peut faire les malins, nous -journalistes radio-, parce que ça n'arrive, évidemment pas, avec des interviews réalisées en direct. Mais pour nos confrères de la presse écrite, c'est fréquent: les entretiens, avec un ministre, une personnalité, sont relus. Et parfois réécrits. Il s'agit, la plupart du temps, de corriger une "coquille", ou une déclaration jugée, à la relecture, trop floue. Parfois, il s'agit de modifier, carrément, des propos tenus. Au final, le lecteur n'y voit que du feu. Sauf si un petit grain de sable vient enrayer la machine. C'est ce qui vient de se produire, avec l'interview d'Eric Woerth, dans le Parisien-Aujourd'hui en France. La version, publiée ce matin, dans le journal, n'est pas celle, envoyée, hier soir, aux agences de presse. On devine, donc, tout de suite, que l'entretien a été réécrit. L'AFP parle, d'ailleurs, de citations "reformulées". Alors, je me suis amusé à comparer les 2 versions. Un peu, sur le mode du jeu des 7 erreurs. Et à quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit, en fait, que les propos du ministre du Travail, ont été quelque peu adoucis, entre hier soir, et ce matin. Par qui? Un indice se glisse: dans la première version, Eric Woerth explique que "le gouvernement est prêt à augmenter le nombre de personnes handicapées pouvant bénéficier d'une préretraite". C'est une information importante. Dans la version finale -petit détail-, ça donne "le Président de la République souhaite augmenter le nombre d'handicapés... "On peut en déduire, que c'est, donc, à l'Elysée que le texte a été relu. Réécrit. Et, donc, adoucit. L'écart de salaire entre hommes et femmes (contre lequel Eric Woerth affirme vouloir se battre) cet écart n'est plus une "discrimination" (première version), mais une "différence" (version finale). Toujours sur la question des femmes, premières visées par le recul de l'âge de départ à la retraite à taux plein, de 65 à 67 ans. Le Sénat envisage d'assouplir le dispositif pour les mères de 3 enfants. Woerth, première version, ça donne: "ce n'est pas le problème". Version Elysée, la phrase a disparu. Tout comme celle-ci: "s'il y a des injustices, il faudra les corriger". Reste cette dernière modification, pour ce rappel de la position officielle du gouvernement: "les bornes d'âges (le passage de 60 à 62 ans, et de 65 à 67 ans)... les bornes d'âges sont essentielles à l'équilibre [de la réforme]", dit Eric Woerth, ce matin. Hier soir, il disait encore "elles sont non négociables"! La fin annoncée de l'avantage fiscal pour les mariés pourrait être... illégale! Il y a, en tout cas, une "complication juridique" qu'il va falloir dénouer, selon le SNUI, principal syndicat à Bercy, cité par le Parisien, ce matin. Le syndicat rappelle que l'impôt sur le revenu est calculé en fonction de la situation matrimoniale du contribuable. On ne peut, donc, pas être taxé comme un marié, si on est célibataire. Et inversement. Or, c'est la solution proposée par le gouvernement pour faire disparaître la triple déclaration, qui réduit les impôts des mariés, pacsés et divorcés de l'année. A Bercy, on conteste cette analyse: "il n'y a aucune difficulté juridique particulière". Le bonus-malus écologique pour les automobiles, bien trop cher! Il a coûté 1 milliard 200 millions d'euros à l'Etat, en 3 ans. Et 500 millions, rien que pour cette année. Selon les Echos, le gouvernement va donc, encore une fois, durcir les conditions d'attribution, à compter du 1er janvier prochain.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.