Au moment où le Medef est en train de se choisir un nouveau président, pour succéder à Laurence Parisot, voilà un livre qui tombe à pic, pour comprende (un peu) comment fonctionne le patronat français. Il est signé comme ont dit aujourd'hui, par un "insider", un homme du sérail. Un "apparatchik" comme l'auteur préfère se définir lui-même. Bernard Giroux, avant de se faire virer par Ernest-Antoine Seillière (la scène est racontée dans le livre) a passé plus de 20 ans au service de presse du CNPF, puis du Medef. Il a "servi" 5 présidents. Les journalistes le connaissent bien, et ce sont, sans doute, d'abord eux qui se plongeront dans ses souvenirs. Les autres y trouveront, cela dit, une histoire, en version accélérée, du patronat français, racontée sur un mode plutôt léger. Tout le monde se délectera des anecdotes dont le livre regorge. Les petits secrets des négociations: comment, par exemple, les syndicats aiment les faire durer pour montrer qu'ils ont obtenu le maximum des patrons. Comment, encore, un membre influent du CNPF poussa à la création (tant décriée depuis) du régime spécifique d'assurance-chômage pour les intermittents du spectacle, "en pensant à sa femme, costumière". Pourquoi François Ceyrac négociateur en chef du CNPF n'était pas présent lors des Accords de Grenelle, suivant mai 68. Il devait se faire opérer, et avait demandé, discrêtement, à André Bergeron de FO et à Henri Krasucki de la CGT, en avril, s'il pouvait s'absenter, sans risque, quelques semaines. Les 2 hommes lui avaient alors assuré que "tout était calme et que rien de notable se profilait". En avril 68, donc. Sur l'UIMM et sa caisse noire, le livre n'apporte pas de révélations fracassantes: "nous étions quelques milliers, dans la nomenclature parisienne, à savoir que l'UIMM avait constitué une cagnotte". Le RPR et Jacques Chirac le savaient aussi visiblement. Au détour du récit, on note que Roselyne Bachelot, députée, a sauvé, au moins une fois, les intérêts de la métallurgie. Et on découvre aussi l'existence du SEL, le Service des Etudes Législatives, "officine aussi efficace que discrète dont les pratiques consistaient pour l'essentiel, à distribuer des enveloppes". Les pages consacrées à la mise en place des 35 heures, et le rôle alors ambigu de Martine Aubry, sont, elles aussi, éclairantes. Mais ce sont, peut-être, les années Gattaz, Yvon Gattaz, qui attirent le plus l'attention. Le CNPF et la Gauche arrivant au pouvoir, Gattaz et Mitterrand. Le contexte et les débats d'alors ressemblent tellement à ceux d'aujourd'hui (la crise, la compétitivité, la flexibilité...). De cette période, Bernard Giroux tire d'ailleurs cette conclusion: "le patronat français a toujours eu le chic pour désigner à sa tête l'homme (ou la femme, j'ajoute) qu'il faut au moment voulu. Une personalité en phase avec la période politique et économique".

"Medef, confidences d'un apparatchick", aux editions L'Archipel.

Patrons. Le gouvernement renonce à encadrer le salaire des grands patrons. En tout cas, il renonce à passer par la Loi. Pierre Moscovici l'annonce, ce matin, dans une interview accordée aux Echos: "il n'y aura pas de Loi spécifique sur la gouvernance des entreprises". C'était, pourtant, une promesse répétée depuis plusieurs mois. Et c'est un projet qui inquiètait le patronat. Le Medef, du coup ce matin, doit être satisfait: le ministre de l'Economie s'en remet d'ailleurs à lui et l'AFEP, l'Association qui réunit les grandes entreprises, pour renforcer leur code de bonne conduite. Dans la bouche de Pierre Moscovici, ça donne: "nous préfèrons miser sur une autorégulation exigente". Chômeurs. L'Unedic (l'Assurance-chômage) prévoit pour cette année 178 700 chômeurs supplémentaires (en catégorie A). Si on déduit le nombre de demandeurs d'emplois déjà inscrits depuis le début de l'année (près de 100 mille), ça veut dire que la hausse du chômage va ralentir, dans les mois qui viennent. Mais pas au point d'inverser la tendance.

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