Quand il parle de Google, Jérôme Paris compare le moteur de recherche à un "ogre". Un "ogre qui règne sur la planète entière" et "qui impose sa Loi". Jérôme Paris se décrit, lui, tout simplement comme un petit commerçant. Il est installé près de Grenoble, patron d'un magasin de chaussures et de matériel de sport, spécialisé dans le hand, le volley, le badminton ou le squash. Un marché ciblé, "de niche" comme on dit, et qui passe, forcément aujourd'hui, par internet. Les deux tiers de son chiffre d'affaires se réalisent "en ligne", et c'est là, évidemment, que son chemin croise celui du géant Google. Pour capter de nouveaux clients, il doit, évidemment, se doter d'un site internet accrocheur, sécurisé. Mais il doit aussi veiller à son "référencement", autrement dit, sa visibilité sur la toile. Google étant devenu le standard mondial, il n'y a donc que deux solutions pour apparaître en bonne place dans les résultats d'une recherche. La première c'est payer Google, pour apparaître dans les toutes premières lignes. Ce commerçant dit y consacrer mille euros par mois. Ce qui ne lui garantit pas, pour autant, d'être bien placé, toute la journée, pour une recherche toute simple du style "chaussure handball"). L'autre solution, c'est payer encore. Mais cette fois-ci un spécialiste du référencement, chargé de deviner comment Google classe les sites. Une crainte domine, du coup: que Google décide de manière unilatérale de changer sa façon de faire. "Google, que je ne connais pas, dont je ne croise jamais un commercial, ni aucun représentant, a le droit de vie et de mort sur mon activité " conclut le commerçant. C'est la douloureuse expérience vécue récemment par le site internet Twenga, un comparateur de prix. De jour au lendemain, il a perdu 30 à 40% de son audience, parce que Google venait de changer son algorithme. Dans un autre registre, récemment encore, c'est l'application française AppGratis, virée, d'un clic, du magasin en ligne de Apple. Toutes ces histoires montrent à quel point, aujourd'hui, une partie de notre économie dépend, directement, des géants d'internet. Tous américains ou presque. C'est la conséquence d'une bataille perdue, celle de l'internet 2.0, et qui a engendré des "montres", les GAFA comme les appelle, acronyme de Google Apple Facebook Amazon... des géants qui échappent aux impôts, manipulent nos données personnelles, et gèrent une partie notre économie. Aujourd'hui, à Bercy, Fleur Pellerin, la ministre chargé du secteur au sein du Ministère du redressement productif, organise une réunion avec ses homologues européens pour envisager une riposte, une riposte qu'on imagine compliquée. Sur la fiscalité, ou l'idée d'une régulation du secteur au niveau européen, le consensus va être difficile à trouver. Reste cette troisième piste: travailler à ne pas rater la troisième révolution d'internet à venir: le "bigdata", le "cloud", les objets connectés. En favorisant l'émergence de champions européens. Le contrôle de l'internet 3.0 commence maintenant.

En baisse. Les Français négligent leur Livret A. La collecte du mois d'août a été la plus faible depuis novembre 2011 (chiffres publiés hier soir). 50 millions d'euros seulement collectés. Contre 1 milliard 9, l'année dernière. Le LDD s'en sort un peu mieux. Au premier août dernier, le taux de rémunération du Livret A est passé de 1,75% à 1,25: ceci explique, peut-être, cela. Dans un contexte de pouvoir d'achat contraint, les ménages français semblent, également, avoir privilégié leur consommation plutôt que leur épargne.

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