Noël oblige, voici l'histoire (secrète) d’un beau cadeau. Un cadeau à 20 milliards d’euros, vous ne trouverez pas ça sous votre sapin... Ce cadeau à 20 milliards, c’est ainsi que la gauche de la gauche l’a appelé, c’est le montant, vous l’avez sans doute deviné, du crédit d’impôts qui va être accordé aux entreprises, dans le cadre de ce que Jean-Marc Ayrault appelle le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi. Alors évidemment pour le Premier ministre, il ne s’agit pas d’un cadeau mais l’un des outils devant permettre à notre économie de se redresser. A sa gauche, on pense à l’inverse et notamment parce que son versement ne sera soumis à aucune condition ni à aucune obligation de résultat, on pense qu’il s’agit bien d’un cadeau aux patrons. La vérité c’est qu’on n'en est pas si loin si on considère le seul aspect fiscal de la mesure. Le journalLes Echos tout récemment a fait le calcul : le crédit d’impôts compétitivité va presque totalement effacer les augmentations d’impôts prévues pour les entreprises. C’est un jeu quasiment à sommes nulles, a écrit le journal économique. L’idée de ce cadeau. C 'est François Hollande lui-même, qui en a revendiqué la paternité au cours de la conférence de presse qu’il a donné mi-novembre. Il faut se souvenir, c’était le grand suspense de la rentrée, on attendait les conclusions du rapport Louis Gallois sur la compétitivité. Et la question posée partout était "Est-ce que le gouvernement va vraiment reprendre à son compte ses préconisations ?" Jean-Marc Ayrault a raconté que c’est en fait le dimanche 28 octobre, pas avant, que la décision a été prise de mettre en place une mesure fiscale choc. Ca s’est passé à l’Elysée, le Premier ministre rentrait directement de Toulouse et du congrès du PS. Et c’est avec François Hollande qu’ils ont décidé de faire ce geste en direction des entreprises. C’est aussi à ce moment là qu’ils ont décidé de ne rien laissé filtrer, pour ménager un effet de surprise maximum. Mais l’idée même du crédit d’impôts a bien été avancée quelques jours plus tôt par François Hollande en personne. Pierre Moscovici raconte que c’était à l’occasion de l’un de leurs rendez-vous hebdomadaire du jeudi. Le Président de la République dès ce moment là a vanté l’avantage de cette solution : elle aidera les entreprises en 2013 mais ce n’est qu’en 2014 qu’elle pèsera sur les comptes publics. Une première fâcherie. Racontée par le Nouvel Observateur. Jean-Marc Ayrault tenait absolument à l’effet de surprise, c’est pourquoi le secret a été bien gardé, y compris vis-à-vis de certains ministres. Mais la veille de l’annonce officielle, il a bien fallu quand même les informer des décisions prises. Les 5-6 ministres directement concernés ont été prévenus en fin de matinée avant d’être reçus pour un déjeuner à Matignon. Et c’est à la fin de ce déjeuner que Jean-Marc Ayrault a apparemment piqué une énorme colère après avoir découvert que les détails de son plan étaient révélés par le site internet du Point. Le secret a tenu jusqu’à ce qu’Arnaud Montebourg soit informé, a conclu ce jour là le Premier ministre, vraiment très fâché. Avant le dossier Florange, c’est un incident qui avait déjà considérablement dégradé les relations entre le chef du gouvernement et son ministre du redressement productif.

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