En juillet dernier, accordant une interview aux Echos, l'économiste Philippe Aghion avait lâché cette petite phrase, convaincu: "je sens que François Hollande est prêt à accepter le principe d'une CSG sociale". On est fin octobre, 3 mois plus tard, donc, et Philippe Aghion reconnaît que le climat a bien changé. Le "choc de compétitivité" n'aura pas lieu. Et il le regrette, même s'il refuse d'être catalogué, aujourd'hui (aujourd'hui encore?) parmi les "déçus du Hollandisme". Parce que Philippe Aghion faisait partie de ces économistes qui ont soutenu François Hollande, pendant la Présidentielle. Lui était à la tête du groupe dit "de la Rotonde", réunissant quelques économistes et des hauts fonctionnaires. Ils préconisaient une profonde réforme fiscale (raté!), et avaient "vendu" aussi au candidat PS l'idée d'un basculement des charges sociales sur la CSG. "Il s'était montré intéressé". Mais voilà, expliquait, hier soir, l'économiste au téléphone depuis Havard, où il enseigne, "il y a eu une grosse bagarre" au sein de la majorité, et les "autres" l'ont emporté. Les "autres", ce sont tous ceux, notamment des députés PS, qui sont allés mettre en garde le Président de la République, contre l'idée d'un "choc" de compétitivité. 2 types d'arguments ont été avancés, explique Philippe Aghion, pour rejeter, a priori, les conclusions du rapport Gallois. D'abord (1), il y a déjà un "choc fiscal" -20 milliards d'impôts nouveaux-, il n'est, donc, pas prudent d'en provoquer immédiatement un autre. Et surtout (2),"il faut penser à Keynes", et donc ne pas toucher au pouvoir d'achat des plus modestes, en augmentant la CSG, la TVA. Ou les 2. Là, le sang de Philippe Aghion n'a fait qu'un tour. Et avec 3 autres économistes, il signe aujourd'hui une tribune dans Le Monde, intitulée "pour une dévaluation fiscale". Il y réexplique tout l'intérêt d'une CSG sociale, ou de quelque chose de proche. Et gentillement mais fermement, il donne une leçon de keynésianisme à ses amis socialistes ("t'as rien compris à Keynes" étant, au PS, une sorte d'insulte suprême). Keynes, lui-même, avait prôné en son temps, explique Philippe Aghion, d'agir sur la fiscalité pour obtenir les effets positifs d'une dévaluation: c'est à dire la baisse relative du prix des produits français, et l'augmentation parallèle de celui des produits étrangers. Soit exactement l'objectif du "choc de compétitivité". Autrement dit, et si on n'osait: on ne pas peut opposer Keynes à Louis Gallois.

En fuite. Ca fait partie des mauvaises nouvelles d'hier. Kimberly-Clark a annoncé qu'il renonce à commercialiser ses couches-culottes en Europe. Les couches Huggies. Seule l'Italie est épargnée. Conséquence: le géant américain, propriétaire aussi des mouchoirs Kleenex, va fermer, ou vendre, 5 sites de production, sur la vingtaine qu'il possède en Europe. On ne sait pas encore lesquels. En France, il en existe 2.En canette. Un autre géant américain s'apprête aujourd'hui à "tailler" dans ses effectifs français. Il s'agit de Coca-Cola. Les syndicats craignent l'annonce "d'au moins 500 suppressions d'emplois en Europe. Dont la moitié en France".En pelote. Le rapport Gallois, sur la compétitivité française. Encore lui! Selon le Parisien-Aujourd'hui en France, Louis Gallois s'apprête à préconiser la fin des 35 heures. L'ancien patron d'EADS reprendrait à son compte une revendication patronale ancienne: la fin de la durée légale du travail. Le temps de travail se négocierait, à l'avenir, entreprise par entreprise.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.