Au 31ème étage de la Tour Dexia, on prend le vertige quand on se colle à la baie vitrée. "Il reste au moins ça", dit, dans un sourrire, Pierre Mariani, le patron de la banque, "une belle vue". C'était il y a quelques jours, à la Défense. Avant le premier tour de la présidentielle, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, envoyé chez Dexia, en 2008, pour sauver la banque, reçoit à déjeuner. Est-ce parce que sa banque, aujourd'hui, est condamnée, et qu'il est devenu, selon sa propre expression, une sorte de "liquidateur" mais Pierre Mariani se montre particulièrement inquiet pour les mois qui viennent. Et pas seulement pour lui et sa banque. Mais, d'abord, il raconte, raconte et re-raconte l'histoire de Dexia, "l'aveuglement général", dit-il, qui a conduit à la catastrophe: la faillite de la banque franco-belge. Une "faute collective" explique-t-il: "il y a eu l'emballement, la folie des dirigeants qui jusqu'en 2008 ont transformé la banque en une sorte de fond spéculatif. "Même après l'été 2007, où les premières difficultés liées aux subprimes sont apparues, les investissements hasardeux et très risqués ont continué, explique-t-il, mais il ajoute cette stratégie de croissance accélérée était publique, validée par le Conseil d'administration, les analystes, les agences de notations. L'activité bancaire, elle, était sous le contrôle des régulateurs français et belges. Bref, tout le monde a sa part de responsabilité, affirme Pierre Mariani. Jusqu'à l'été 2011, envoyé en sauveur, il espérait pouvoir redresser la banque, notamment grâce à l'argent des contribuables, mais la crise de la zone euro a définitivement scellé le sort de Dexia. Depuis octobre dernier, son démentèlement est lancé et, aujourd'hui, c'est le sort des mille 500 salariés de la banque qui préoccupe le patron: il espére que la future nouvelle banque des collectivités locales, que va lancer la Poste, les reprendra tous. Mais, Pierre Mariani pense, aussi beaucoup à ses anciens clients qui, aujourd'hui, ne trouvent plus de financement. Il tire la sonnette d'alarme pour les collectivités locales, les hôpitaux publics aussi, "en grande difficulté". Il s'inquiète d'une manière plus générale, de l'assèchement du crédit qui arrive. Il en est persuadué: les banques, tenues par les nouvelles normes réglementaires, n'auront bientôt plus le choix que de couper le robinet du crédit, tuant dans l'oeuf toute reprise de la croissance. Du 31ème étage de la tour Dexia, la vue, oui, donne le vertige.

Croissance, croissance, croissance. Elle est au coeur des discussions en Europe. Selon le Figaro ce matin, mais aussi les Echos, des discussions auraient commencé, à Bruxelles, pour travailler à un éventuel assouplissement des objectifs de réduction des déficits. L'idée serait de desserrer l'étau sur les finances publiques pour ne pas tuer ce qui reste de croissance en Europe. L'objectif des 3% de déficit pourrait, du coup, être repoussé au delà de 2013. Selon les 2 journaux encore, des discussions seraient aussi en cours pour élaborer un plan de soutien à l'Espagne, et à son système bancaire fragile.

Séparation? La direction de Vivendi dément envisager un démantèlement du groupe, c'est-à-dire la séparation de ses activités télécom, médias et divertissement, ou la cession de Canal+. L'opération est réclamée par ceux qui veulent faire remonter le cours de bourse de Vivendi. L'agence économique Bloomberg, qui a parlé d'un "projet à l'étude", fait savoir qu'elle maintient ses informations.

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