Hier, sous mon sapin, j'ai découvert le plus incroyable des cadeaux... une sorte de "joker": le droit de refaire, de réécrire, et, donc, de redire ce matin, l'une de mes chroniques de l'année écoulée... chronique que j'avais jugé plutôt ratée, à l'époque. C'est la dure vie du chroniqueur radio: non seulement, il doit se lever tôt, mais en plus, de temps en temps, il ressort de ce studio avec la fâcheuse impression de n'avoir pas réussi à dire, exactement ce qu'il voulait dire, d'avoir été trop caricatural, trop simpliste. Ou juste d'avoir manqué de temps pour tout dire. C'est le cas avec cette chronique... qui n'est pas si vieille (les "mauvaises et très anciennes", je les ai oublié)... c'est la chronique du 7 décembre dernier, consacrée à André Orléan, l'un des signataires du manifeste des économistes atterrés.

J'ai le sentiment de ne pas avoir correctement expliqué son raisonnement. André Orléan, c'est LE grand pourfendeur des marchés financiers. André Orléan vient de le redire, dans une longue interview accordée, en fin de semaine, dans la Tribune: "cette crise de la dette montre, chaque jour, l'inefficience de ces marchés". Pourquoi? Parce que les prix qui ressortent des marchés financiers ne sont pas justes. Il explique: sur un marché de biens (physiques), le jeu de l'offre et de la demande fonctionne, à peu près correctement. Résultat: quand le bien est rare, son prix augmente. Et comme son prix augmente, la demande finit par diminuer. La pression sur l'offre est réduite, et finalement le prix se stabilise. Mais sur un marché financier, c'est différent parce que les prix évoluent en fonction de l'anticipation que font les opérateurs, sur les revenus futurs. De plus, les investisseurs sont à la fois vendeurs et acheteurs: au gré de leurs anticipations, ils passent d'une position à l'autre. Le résultat, c'est que, contrairement à ce qui se passe sur un marché de fruits et légumes, le prix d'un actif, sur un marché financier, peut continuer à augmenter... à s'envoler même, sans que la demande diminue: tout le monde continuant à acheter, persuadé que ça grimper, encore et encore. Le prix ne veut plus rien dire. Et c'est ce qui donne ces bulles financières. Qui finissent pas éclater, et avoir des répercussions sur l'économie réelle que l'on sait. Et que l'ont subi.

Quelle conclusion faut-il en tirer?

Evidemment, qu'il faut dé-fi-nan-cia-ri-ser l'économie! André Orléan rappelle que le capitalisme n'a pas toujours été financiarisé à ce point. Cette croyance que les marches financiers peuvent fixer, correctement, le bon prix aux choses, et que la liquidité absolue du capital serait "bonne" pour tout le monde... cette croyance, et cet asservissement aux marchés, sont assez récents, dans l'Histoire du capitalisme. Donc, le mouvement est réversible! André Orléan avance une première idée pour y arriver: séparer les banques de dépôts, des banques d'investissement et de financement (ce que s'apprête à faire le Royaume-Uni). Il dit aussi que le problème de la dette, aujourd'hui, est un problème politique, avant d'être un problème de "train de vie". Le grand projet européen, conclut-il, devrait être démocratique. Et ça comment, donc, par tuer cette idée que les marchés financiers sont efficients. Une façon, pour les peuples, de redevenir maîtres de leur destin.

Et si ce que dit André Orléan vous intéresse, il vient de publier "L'empire de la valeur", aux Editions du Seuil.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.