A Bercy, on était loin de la foule des grands jours. Comme quand un ministre démissionne, par exemple. Nicole Bricq, hier, s'est installée devant une poignée, seulement, de journalistes. Elle s'est installée au pupitre: "c'est un peu solennel", a-t-elle regretté... "mais c'est important après tout!". La ministre du Commerce extérieur venait présenter les résultats de la consultation qu'elle a lancé sur le projet d'Accord de libre échange entre l'Europe et les Etats-Unis. On est encore très loin d'une quelconque signature: c'est un processus "de 2 ou 3 ans, peut-être" qui commence mais, oui, c'est important: les échanges commerciaux entre l'Europe et les Etats-Unis représentent quelque chose comme mille milliards de dollars par an, "40% du commerce mondial", précise Nicole Bricq. "Autant dire que la négociation qui s'ouvre peut fixer de nouvelles normes mondiales en matière de commerce", dit-elle encore. Alors que dans le même immeuble de Bercy, 4 étages plus bas, travaille un ministre, Arnaud Montebourg, qui s'est fait, un temps, le chantre de la "démondialisation", sa voisine chargée du Commerce extérieur, lance d'entrée: "dans l'absolu, on ne peut être que favorable à un Accord de libre échange avec les Etats-Unis". Plus tard, questionnée sur ce qui ressemble effectivement à un "grand écart" avec son collègue Montebourg, elle tranchera au nom du gouvernement: "le protectionnisme est une impasse". Mais, Nicole Bricq l'assure: si elle veut bien entamer des négociations pour "libéraliser" un peu plus le commerce avec les Etats-Unis, elle refuse d'être naïve. D'où son message, hier, adressé, à la Commission européenne, très volontaire, elle, et comme d'habitude, pour faire tomber les barrières commerciales. "Prenons le temps de fixer un mandat européen de négociations très clair, face aux Américains", dit la ministre française. Qui, déjà, dessine les "lignes rouges" que la France ne voudra pas franchir: les OGM, la viande aux hormones, pas question! L'exception culturelle: "pas négociable" rappelle Nicole Bricq. La ministre note aussi que les constructeurs automobile, l'industrie de défense, certains pans de l'agroalimentaire sont très réticents, voire hostiles. Mais, dans leur majorité, les entreprises françaises, "y compris les PME", sont favorables à un nouvel Accord, selon Bercy. Pour tenter d'accéder aux marchés publics américains (vaste sujet). Mais aussi -autre vaste sujet- pour faire tomber des réglementations qui, par exemple, empêchent les Européens de vendre des pommes aux Etats-Unis, ou du vin bio. "Faisons un rêve... comme disait l'autre" lâche, finalement Nicole Bricq.

Correction. Le président de l'eurogroupe a fait chuter la bourse, hier. Il a prononcé, hier après-midi, la phrase que les marchés ne voulaient pas' entendre. "Le plan de sauvetage de Chypre fera école" a dit le ministre néérlandais. Autrement dit: à l'avenir, l'Europe pourrait imposer, comme à Chypre, la fermeture d'une banque, et solliciter ses créanciers, et ses clients, pour éponger les dettes. Et non plus les seuls contribuables européens. "C'est une nouvelle approche" a-t-il confirmé, ajoutant que Malte, le Luxembourg et la Slovénie devraient envisager de réduire leur secteur bancaire, trop imposant. Immédiatement à la bourse, les valeurs bancaires ont chuté. -6%, par exemple, pour la Société Générale. Le président de l'eurogroupe a dû faire machine arrière, dans la soirée "Chypre est un cas spécifique, les solutions retenues ne sont pas un modèle" a-t-il corrigé.

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