Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, réagissant, hier soir, à la télé, aux annonces de Jean-Marc Ayrault, a pris soin de se démarquer le plus possible du Premier ministre: "c'est la réforme du gouvernement" a-t-il lâché au journaliste qui l'interrogeait un peu comme si il était l'auteur, lui-même du texte. Le négociateur de la CFDT, sur cette question des retraites, Jean-Louis Malys, prend, lui-aussi, ses distances: "attention, l'allongement de la durée de cotisation, l'augmentation des cotisations, on n'était pas demandeur! C'est le gouvernement qui a pris ses responsabilités. Lui seul. Nous, on a simplement fait notre travail: pousser pour obtenir le maximum de mesures de justice. "Et on n'a pas tout obtenu!", poursuit le négociateur de la CFDT, "on n'a pas fait le grand chelem". Toutes ces précautions, franchement, n'empêcheront pas de penser que la CFDT, comme prévu, a été de bout en bout l'interlocuteur privilégié du gouvernement pour, au final, qui s'inscrit dans la logique de celle de 2003, la "première réforme Fillon", celle qu'avait validé, déjà, la CFDT. Et qui lui a tant coûté. 2003, 2013, les 2 réformes privilégient le levier de la durée de cotisation (et non celui de l'âge légal). Les 2 réformes tentent, également, de corriger certaines injustices du système. Les carrières longues, en 2003. La pénibilité, cette fois-ci. Mais aussi la situation des femmes, des jeunes, et de ceux qui travaillent à temps partiel. Autant de revendications portées par la CFDT, retenues par le gouvernement... et que Force ouvrière et la CGT auront bien du mal à contester. L'équilibre global de la réforme met, clairement, à mal, leur appel à la mobilisation du 10 septembre prochain. C'est toute l'habileté des mesures dévoilées hier, par Jean-Marc Ayrault: un dosage subtil mais qui montre, aussi, qu'il y a bien eu, ces dernières semaines, une vraie concertation. Y compris avec le Medef. Fâché aujourd'hui, mais qui pourrait ne pas trop mal s'en sortir, à terme, si le gouvernement tient sa promesse d'abaisser le coût du travail. Reste la question de la durabilité de la réforme. On l'a sent, mais comme beaucoup des précédentes, pas du tout "définitive", financièrement non aboutie. Mais dans le contexte social et économique actuel, le gouvernement pouvait-il aller plus loin? Sachant que le problème n°1 reste la lutte contre le chômage. Et le retour de la croissance. Seuls moyens, au final, d'assurer la survie de notre modèle social.

Retraités. Les retraités aussi vont payer la réforme. L'abandon de la piste d'une hausse générale de la CSG pouvait leur faire espérer d'être épargés par la réforme Ayrault, en fait, il n'en est rien. Les retraités vont même contribuer plus que les actifs, qui, eux -c'est vrai- vont devoir travailler plus longtemps. D'abord, les retraités vont payer plus d'impôts, puisque la majoration de 10% des pensions de ceux qui ont élevé 3 enfants ne sera plus exonérée. Et puis, surtout, la revalorisation annuelle des pensions de retraite, dès l'année prochaine, va être décalée d'avril à octobre: un "gel de 6 mois" qui ne dit pas son nom.Barême. Pour tous, en tout cas (retraités et actifs), le gouvernement a décidé, hier, pour compenser une partie des efforts demandés, de mettre fin au gel du barême de l'impôt sur les revenus. En vigueur depuis 2 ans.

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