L'entretien a duré plus de 2 heures: on ne s'attendait pas à ce que Jean Tirole nous accorde autant de temps, si facilement, si implement. C'était hier, dans les locaux de l'Ecole d'Economie de Toulouse, installés dans l'ancienne manufacture des tabacs. La conversation est partie dans tous les sens: on a parlé des futurs locaux de l'école, de la situation de la zone euro ("le calme actuel, sur les marchés, est trompeur" dit-il). On s'est fait expliquer la "neuroéconomie" (l'étude du cerveau, pour mieux comprendre les comportements des agents économiques). On a parlé, aussi, des solutions pour réduire le chômage: "elles existent. Elles font même consensus chez les économistes", dit-il, "c'est le contrat de travail unique, et la taxation des licenciements". Et puis, à un moment, le professeur qu'il est, s'est levé pour expliquer, au tableau, à quoi sert la "théorie des jeux" sur laquelle s'appuie ses travaux. Des travaux qui lui ont donné une renommée mondiale et qui valent à Jean Tirole d'être, chaque année, cité comme "nobélisable". Ils ne sont pas si nombreux, en France, et c'est aussi pour ça qu'on est allé le rencontrer. Il en sourit de cette rumeur récurrente: "évidemment, j'en serai très honoré, mais je n'y crois pas. D'autres le méritent plus que moi le Prix Nobel d'économie!", dit-il. Son nom circule parce qu'il a obtenu en 2007, la médaille d'or du CNRS, comme Maurice Allais en 78, qui 10 ans plus tard obtenait le Prix Nobel. "Faire une déduction en partant d'un seul point, c'est précisément ce qu'il ne faut pas faire en économie" rigole Jean Tirole. Il ne surjoue pas la modestie, on sent effectivement que ce n'est pas sa préoccupation quotidienne, ce Nobel. Sa priorité reste la Recherche: "j'aime la recherche comme quand j'avais 25 ans" dit-il. L'autre partie de son temps il le consacre à défendre et à développer son école, la Toulouse School of Economics, qui, en 30 ans, a réussi à se glisser dans le "top 3" européen. Jean Tirole défend l'université, et "l'excellence au sein de l'université". "Elle ne peut être réservée aux seules grandes écoles", dit-il, lui dont le modèle reste les Etats-Unis, "un paradis pour Chercheurs", selon lui (une liberté académique totale, et une gouvernance parfaite, qui fait qu'on y recrute toujours les meilleurs). C'est ce qu'il cherche à reproduire ici, à Toulouse: un financement de son école par le privé, un Conseil d'administration indépendant, et encore ce principe: à l'Ecole d'Economie de Toulouse, on n'embauche jamais ses étudiants. Pas de "copinage", comme ailleurs. Les derniers recrutements, décrit Jean Tirole, c'est un japonais de Stanford, un Brésilien de Yale, un Espagnol du M.I.T. Et s'ils acceptent de venir, au final, ce n'est pas seulement pour la qualité de vie toulousaine.

Et si la TVA passait à 20,5%. C'est ce que proposent 2 députés socialistes chargés de réfléchir aux modifications des taux de TVA prévues pour le 1er janvier 2014. Elles doivent permettre de trouver un peu plus de 6 milliards d'euros de recettes nouvelles, pour financer le Crédit d'Impôt Compétitivité. Les 2 députés proposent une répartition différente de celle envisagée par le gouvernement. Le taux réduit (pour les produits de première nécessité) serait bien fixé à 5%, le taux intermédiaire de TVA passerait, lui, à 9%, et pas 10, comme prévu. En revanche, le taux normal serait "poussé" jusqu'à 20,5%. Il est à 19,6 aujourd'hui.

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