C'était hier. Presque au même moment. Alors que les députés, à l'Assemblée nationale, adoptaient définitivement la réforme de retraites, en Conseil des ministres, son concepteur, le "père" de cette réforme à l'Elysée, Raymond Soubie, le conseiller social du Président réglait la question de sa propre retraite. Le Président de la République l'a nommé au Conseil Economique, Social et Environnemental. Cette nouvelle a pris tout le monde par surprise. Raymond Soubie, récemment, avait bien annoncé son intention de quitter l'Elysée, une fois la réforme votée (à 70 ans, il parlait de reprendre son activité d'entrepreneur). Mais, le voilà donc, en plus, nommé au Conseil économique et social. "Il est parfaitement légitime, évidemment" disent les syndicats, qui s'étonnent, quand même, que celui qui a, forcément à l'Elysée, participé à l'élaboration de la liste des personnalités nommées au Conseil, ait inscrit son propre nom! En fait hier, c'est toute la liste des personnalités qualifiées, choisies par Nicolas Sarkozy pour entrer au CES, qui a fait bondir le petit monde syndical, patronal et associatif, qui attendait depuis plus d'un mois, ces nominations. "C'est vrai, elles ont toujours réservées des surprises, elles ont toujours servi à placer les amis, renvoyer des ascenseurs ou remercier les copains. C'est, par exemple, François Mitterrand nommant la chanteuse Georgette Lemaire. Mais, avec la "liste sarkozy" d'hier, "on change d'échelle", affirme un fin connaisseur du Palais d'Iéna, le siège du Conseil économique et Social. Sur les 40 personnalités retenues hier, au moins 15 (mais on est plus proche de 20), "au moins 15" sont étiquetées UMP ou "proches du pouvoir": Raymond Soubie donc. Mais aussi, Pierre Charron, autre conseiller à l'Elysée, qui est renouvelé au conseil, au titre de ses compétences en matière d'environnement. Lui, qui est chargé -c'est vrai- des "chasses présidentielles". Jean-Paul Delevoye: UMP, également (a qui, on a même promis la présidence du CES, ce qui explique, sans doute d'ailleurs, ce "bourrage d'urnes" par anticipation) ; Hugues Martin, adjoint au maire de Bordeaux ; Ange Santini, maire UMP de Calvi ; Maud Fontenoy. On trouve aussi, dans cette liste, le maire de Meudon, qui avait refusé de briguer la présidence du groupe UMP au Conseil général des Hauts-de-Seine, pour laisser la place à un certain Jean Sarkozy. L'ancien maire PS de Pau est là, également. En 2008, il s'était rallié à l'UMP, lors des Municipales pour "contrer" la candidature de François Bayrou. Cette "politisation à l'extrême" du Conseil Economique et Social agace beaucoup, en tout cas. Un membre du CES conclut: "Avant, au moins, les "amis du pouvoir", nommés au Conseil, avaient la délicatesse de rester discrets. Ils se faisaient tout petits. Là, c'est carrément un débarquement". Bruxelles s'ajoute à la longue liste des opposants au bouclier fiscal. La Commission européenne devrait adresser, aujourd'hui, une demande officielle, à Paris, un "avis motivé", comme on dit dans le jargon européen. Bruxelles demande au gouvernement français de corriger son bouclier fiscal qui contrevient, selon la Commission, au principe de libre circulation des personnes et des capitaux, au sein de l'Union européenne. Ce n'est pas le principe du "bouclier" qui est, ainsi attaqué, mais ses modalités d'application: le fait, par exemple, que les non-résidents français, qui perçoivent pourtant l'essentiel de leurs revenus en France, n'en bénéficient pas. Bruxelles regrette, à l'inverse, que le mode de calcul du bouclier ne prenne en compte que les seuls impôts, payés en France. Bercy, semble-t-il, n'a nullement envie de revenir sur ces 2 points, dénoncés par la Commission.

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