"Je l'aime Didier. Mon Didier, je le connais par coeur mais là, vraiment, il va trop loin". Hier soir, veille de la présentation du budget, on multipliait les coups de fil à nos interlocuteurs habituels. Souvent des parlementaires, membres des Commissions des Finances, à l'Assemblée nationale, ou au Sénat. On espérait dénicher quelques infos inédites, et on a récolté, au final, une longue complainte contre "Didier", Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes. C'est son interview dans Libération hier, qui a agacé plusieurs députés socialistes. "On s'est échangé beaucoup de sms, après la lecture de ces 2 pages", confie l'un d'eux, qui poursuit: "franchement, on commence à en avoir un peu marre: chaque semaine, on a droit à une nouvelle déclaration de sa part. La semaine dernière, c'était sur les retraités: j'ai passé mon week-end dans ma circonscription, à les rassurer, à propos de leurs impôts". Hier, dans Libération, ce sont les préconisations (pourtant pas nouvelles) du Président de la Cour des Comptes qui ont énervé ces quelques députés. Didier Migaud y redit, par exemple, que la lutte contre le déficit doit d'abord passer par une réduction des dépenses (alors que le gouvernement privilégie la hausse des impôts). La "priorité devrait être donnée aux comptes sociaux" dit aussi Didier Migaud, avant de redire tout le mal qu'il pense de la CSG des retraités. "Franchement, commente un député PS, quand il était rapporteur général du budget, jamais il n'aurait supporté de tels commentaires". Dans l'interview, Didier Migaud définit, également, les contours du futur haut Conseil des finances publiques, qui va être mis en place, avec la ratification du Traité européen. Il sera chargé de surveiller la fixation des objectifs budgétaires et surtout le respect des engagements pris. Jusqu'à préconiser des mesures de redressement. "Tout est dans le titre de l'interview" commente finalement notre député énervé: "Nous ne sommes pas dans un gouvernement des juges". Comme disait ma grand-mère (on cite beaucoup sa grand-mère au Parti socialiste): "c'est la poule qui chante qui a fait l'oeuf". On se souvient, alors, qu'un député, il y a quelques mois, avait tenu le même discours sur la Cour des Comptes et son premier président, agacé par la multiplication de ses préconisations. Ce député est devenu ministre depuis. Ministre du budget. C'est Jérôme Cahuzac.

Le budget 2013. On en connaît les grandes lignes: un effort global de 30 milliards d'euros. 37, en comptant les mesures prises avant l'été, mais qui produiseront encore beaucoup d'effets, l'année prochaine. Et si on ajoute ce qui est prévu pour la Sécurité sociale, on est à 40 milliards. L'objectif reste d'arriver à un déficit public à 3%. Fin 2013, la dette française atteindra un niveau record (plus de 91% du PIB), mais grâce à la détente des taux d'intérêt, la charge de la dette, elle, est attendue en légère baisse.Hier, Jean-Marc Ayrault a confirmé les mesures fiscales déjà connues: une taxation plus forte des ménages aisés et des grandes entreprises. "Pas de hausse de TVA ni de CSG en 2013" a-t-il promis également. Le plafond global des niches fiscales va être rabaissé, mais il ne prendra pas en compte les investissements dans les départements d'outre-mer. Ni les investissements culturels (patrimoine et cinéma).

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