La "question Germain", c'était le "running gag", hier, des auditions de la Commission d'enquête sur l'affaire Cahuzac. Suite du feuilleton hier, avec pas moins de 4 nouveaux épidodes (diffusés en direct, ou en "télé de rattrapage" sur le site de l'Assemblée nationale). Des épisodes inégaux mais marqués par l'apparition tonitruante d'un nouveau personnage: Bruno Bézard, le DGFIP, le Directeur général des Finances Publiques. Dans ce monde un peu de gris de Bercy (les épisodes-auditions 6 et 7 le prouvent), la veste et la cravate bleues de Bruno Bézard, sa façon de parler (très directe, dans le français parfait des ceux qui ont la tête très faite et les diplômes parmi les plus prestigieux), enfin et surtout sa volonté de s'expliquer, et d'en découdre, ont réveillé les débats. Bruno Bézard, c'est lui qui a rédigé la demande d'entraide administrative, adressée aux Suisses, celle qui a abouti à une réponse négative, fin janvier: "non, Jérôme Cahuzac n'a pas de compte chez UBS". La "question Germain" du nom du député, Jean-Marc Germain, qui la pose systématiquement et que reprend à son compte le président de la Commission, Charles de Courson, c'est celle-ci: "pourquoi cette réponse a été négative, fin janvier, alors que, début avril, Jérôme Cahuzac, finalement, a avoué qu'il existe bel et bien". C'est l'un des points essentiels du dossier, qui implique ceci: la question posée aux Suisses était-elle, du coup, mal formulée, ou formulée de façon à obtenir une réponse qui ne pouvait être que négative, pour "blanchir Cahuzac". Bruno Bézard, patron de l'administration fiscale, est clairement agacé par ses soupçons "venant de ceux qui ne savent pas de quoi il parlent" dit le haut-fonctionnaire. Non, il n'a pas été manipulé. Oui, il a fait son travail, posé la bonne question, en allant aussi loin que possible, et même plus loin que ce que permettaient les accords fiscaux franco-suisse. Si la réponse n'a pas été conforme à la vérité, il émet, finalement, une hypothèse: "c'est peut-être parce que le droit suisse n'a pas été respecté". Bruno Bézard, en tout cas, l'affirme, c'est lui qui, dès le lendemain des révélations de Médiapart, le 5 décembre, demande à dresser une "muraille de Chine" entre le ministre et son dossier fiscal. Pour éviter tous soupçons de conflit d'intérêt. "L'expression, "muraille de Chine" est de moi, dit-il et, filant la méthaphore, ajoute: "à part le passage de tel ou tel éclaireur, pas un envahisseur mongol ne s'est aventuré près de cette construction. Elle a tenu". Parmi ces "éclaireurs", Bruno Bézard le reconnaîtra un peu plus tard: il y avait Jérôme Cahuzac. "Oui, il a demandé à en savoir un peu plus sur la demande d'entraide en préparation. "Je lui ai dit, Monsieur le ministre, c'est non. Il n'a pas insisté".

Bulletins de notes. C'est à la mi-journée que la Commission européenne doit faire connaître ses recommandations aux Etats membres, en fonction de leurs résultats économiques et budgétaires. C'est aussi un test qui permettra de jauger l'équilibre finalement retenu à Bruxelles, entre rigueur et croissance. La France a déjà obtenu un délai de 2 ans supplémentaires pour repasser sous les 3% de déficit, mais Bruxelles, en échange, devrait lui réclamer de poursuivre l'assouplissement de son marché du travail, de réformer ses retraites et d'ouvrir certains marchés jugés encore "trop protégés". "Il y aura des éléments qui ne seront pas du goût des autorités françaises", dit-on à Bruxelles.

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