Jean-Claude Trichet est sans doute l'homme le plus surveillé d'Europe en ce moment. Depuis qu'il a affirmé qu'il n'excluait plus d'augmenter les taux d'intérêt, dans la zone euro, les journalistes ne quittent plus le patron de la Banque Centrale Européenne. A l'affux du moindre geste, de la moindre déclaration qui permetterait de dire si cette augmentation est pour tout de suite, c'est-à-dire, dès la prochaine réunion de la BCE, le 7 avril, ou pour plus tard. Hier, les journalistes, essentiellement ceux qui travaillent pour les agences de presse, ont, donc, suivi Jean-Claude Trichet jusqu'à l'Institut. Quai Conti, à Paris. Il y prononçait un discours devant l'Académie des Sciences morales et politiques, dont il est l'un des membres. C'était à 15h, dans la petite salle des séances, au premier étage. Pas vraiment imaginée pour un débarquement de journalistes, avec ordinateurs et téléphones portables. Pas de places. Le réseau 3G passe mal. Il n'y a pas wifi... le grand bond en arrière commence. Les acadaméciens s'installent à leurs bureaux. Yvon Gattaz, l'ancien président du CNPF (l'ancêtre du Médef) se fait remarquer. On attend le secrétaire perpétuel, Xavier Darcos (oui, Xavier Darcos, l'ancien ministre) qui -excusé- arrivera, finalement, avec une heure et demi de retard. Jean-Claude Trichet entame son discours. Il explique pourquoi la compétitivité des pays européens est essentielle, selon lui, pour bien gérer l'euro. Il redit que tous les prix doivent être maîtrisés, y compris les salaires. Le voisin de droite Michel Pébereau s'est endormi. Pierre Mazeau, l'ancien président du Conseil constitutionnel (qui ne porte pas l'euro dans son coeur) trépigne, lui, pour poser une question: "et si la Grèce, le Portugal... l'Allemagne, demande-t-il, voulaient quitter l'euro? Réponse du patron de la BCE: "je ne travaille pas sur cette hypothèse"! D'autres questions viennent. On se donne du "cher confrère" mais le bilan est mince pour les journalistes, et sans surprise: Jean-Claude Trichet ne s'est pas lâché. Le lieu, l'ambiance, les questions, il faut dire, ne le poussaient guère. Sa petite phrase, qu'il a répété pourtant des dizaines de fois sur les risques d'une inflation durablement élevée, aura, cela dit, eu des effets: l'euro, qui reculait face au dollar, depuis le matin, est remonté dès que la citation a pu être relayée. Et c'est ainsi que l'Institut a fait une brève incursion, hier, sur les marchés financiers. L'or devient trop cher! Y compris pour les fabricants de montres de luxe! L'once d'or dépasse, aujourd'hui, les 1.400 dollars, un record historique absolu. Conséquence, qui peut surprendre: Tissot, l'une des marques du groupe suisse Swatch, vient d'annoncer qu'elle va réduire sa production de montres en or. "C'est ça, ou une nouvelle augmentation des prix que n'accepteraient pas forcément nos clients" explique le patron de Tissot, qui vend des montres de mileu de gamme, c'est-à-dire, vendues à partir de 700/800 euros. Le nez... dans la farine. Des soupçons d'entente, sur le prix de la farine: c'est une information du Figaro, ce matin. L'Autorité de la concurrence enquête, selon le journal, sur la constitution d'un "cartel" entre les producteurs français et allemands. Ca concernerait aussi bien la farine vendue en magasin que la farine vendue aux boulangers.

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