C'est Paul Krugman, le Prix Nobel d'économie, qui a lâché cette formule, tout récemment: "les Dieux invisibles". Elle est "choc", et redoutablement efficace. Voici la citation intégrale: "les responsables politiques agissent comme les prêtres d'un culte antique, exigeant (...) des sacrifices humains pour apaiser la colère de Dieux invisibles". Traduction: les sacrifices, ce sont ces coupes budgétaires terribles que s'imposent les Etats, aujourd'hui, pour redresser leurs comptes publics. Sous la plume de Paul Krugman, miltant acharné des politiques de relance c'est-à-dire exactement l'inverse de ce qui se fait aujourd'hui, ça donne: "la souffrance, les conséquences catastrophiques des programmes d'austérité en Grèce et en Irlande". Grèce et Irlande, qu'on vient, donc, de servir en sacrifice aux Dieux, c'est-à-dire aux investisseurs sur les marchés des emprunts d'Etat. Ceux qui, nous dit-on, nous explique-t-on, exigent des Etats surendettés qu'ils réduisent, au plus vite, leurs déficits. "Il faut impérativement instaurer la rigueur, sinon ces Dieux vont nous quitter et le malheur s'abattera sur nous". Mais voilà, selon Krugman, ces Dieux demeurent aujourd'hui, totalement invisibles. Là où ils devraient punir les gouvernements, là, où les investisseurs devraient se détourner des emprunts, émis par les Etats pour leur dire: "tant que les efforts budgétaires ne sont pas faits, je n'en achète pas), c'est exactement l'inverse qui se produit: on s'arrache, en ce moment sur les marchés, les titres de dette des Etats! Pas les obligations grecques, irlandaises ou espagnoles. Non, eux continuent de payer pour tous les autres mais les titres allemands, français et même britanniques (même la Grande-Bretagne en plein marasme). Ces titres s'arrachent. A tel point que les taux d'intérêt s'effondrent, et atteignent des niveaux jamais vus. Les Bons du trésor allemands, sur 10 ans, étaient à 2,09%, la semaine dernière: c'est historique! La France aussi s'endette, en ce moment, à des "tarifs discount", à des "prix cassés" jamais vu avant la crise (2,42%). Mais où sont donc, passés les Dieux des marchés? Où est, donc, passé la crise de la dette? Le Français Sanofi part à l'assaut d'un labo pharmaceutique américain, Genzyme. C'est un spécialiste des maladies rares. La rumeur courrait depuis fin juillet, c'est officiel depuis, hier soir: Sanofi-Aventis met plus de 18 milliards de dollars sur la table, tout en cash, pour racheter l'américain. A ce stade, il ne s'agit pas, à proprement parlé d'une OPA, mais Sanofi se dit prêt à en lancer une si les dirigeants de Genzyme continuent à rejeter toute idée de négociations. On dit, en revanche, que les grands actionnaires de Sanofi-Aventis (l'Oréal et Total) seraient "réservés" sur le projet. Face à face. La réforme des retraites, et cette déclaration de Bernard Thibault, ce matin: "le gouvernement n'est pas au bout de ses peines s'il persiste".

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La chronique de P. Krugman dans le New York Times

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