Nous évoquions la semaine dernière d’une étude anglo-saxonne selon laquelle 25% des experts comptables se sont vus demander de truquer les comptes. Aujourd’hui, c’est un autre cabinet, « Technologia », en France cette fois, qui tire la sonnette d’alarme, car plus d’un tiers des salariés auraient été au moins une fois dans leur carrière confrontés à la fraude et ce, dans des domaines très variés.

Imaginez, par exemple, que vous travaillez dans le bâtiment. Il vous faut du sable pour fabriquer du béton. Votre employeur vous dit : « tu vas en piquer à la plage, c’est moins cher que le sable traité ». Vous y allez, ou pas ? Faire ce qu’on vous dit peut sembler anodin, un petit arrangement, comme ça, avec la législation. Sauf que le béton que vous allez couler avec du sable non traité va conduire à des constructions plus fragiles et il n’est pas impossible qu’il y ait, à la clef, de la casse. Cas de conscience.

Autre exemple : cette fois, c’est l’histoire d’un fonctionnaire de la direction générale de la concurrence et des fraudes aux Antilles. Il s’aperçoit qu’un lot de tondeuses qu’un grossiste s’apprête à envoyer en métropole ne répond pas à la règlementation. En clair que ces machines risquent de couper gravement celui qui s’en servira. Le fonctionnaire fait donc mettre le matériel sous séquestre.

Résultat : le lobby des importateurs et exportateurs réclame la tête de l’agent, et l’obtient. Et c’est lui, qui finalement n’a fait que son devoir, qui se retrouve à faire le même chemin que les tondeuses : direction la métropole… Sauf que pour lui, c’est pour le placard. Destin peu glorieux d’un homme qui a sa conscience pour lui et sans qui on arrive vite aux affaires que l’on connaît : Mediator, Spanghero, UBS, HSBC et j’en passe. Cela fait partie des exemples que l'on trouve dans cette étude de Technologia.

Lanceur d'alerte
Lanceur d'alerte © Fotolia

Pourtant, il y a des lois en France pour protéger les lanceurs d’alerte. Il y en a même plus qu’il n’en faut : 5 en tout, votées depuis 2007. Dernière en date : la loi Blandin de 2013, qui donne au CHSCT (le Comité d’hygiène et de sécurité), le pouvoir et la responsabilité de dénoncer les travers. Sauf que pour tous ceux qui ont choisi de dénoncer la corruption, la fraude, le destin est assez rude.

Du statut de collègue, ils sont passés à paria. Celui qui dénonce le problème devient lui-même le problème et se retrouve débarqué, soit mis au placard, soit licencié.

Aujourd’hui, dans 54% des entreprises françaises, il n’existe pas de procédure d’alerte. Et dans 57% des cas, c’est donc un collègue qui va recueillir la confidence.

A l’occasion du séminaire qui se tient demain à Paris, le cabinet Technologia va donc demander un toilettage de la législation et une procédure simple et claire dans chaque entreprise. Argument avancé : si ce genre de procédure avait existé chez Volkswagen, l’entreprise n’aurait pas, aujourd’hui, à rappeler 11 millions de voitures à travers le monde, et à pleurer sur 10 milliards de dollars.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.