Une série de mesures entrent en vigueur aujourd’hui, prises par le ministre des Finances Michel Sapin, pour lutter contre la menace terroriste. Parmi ces mesures, si vous êtes un résident français, vous ne pourrez donc plus payer plus payer en liquide au-delà de 1.000 euros contre 3.000 euros jusque-là.

Sauf que pour les étrangers, la mesure est beaucoup plus souple, car les commerçants de luxe y ont veillé au grain.

Billets d'euros
Billets d'euros © @Mayuyero / @Mayuyero

Parce qu’il y a s’acheter une Rolex avant 50 ans, et s’acheter une Rolex avant 50 ans en liquide.

Et qui, me direz-vous, achète une Rolex avant 50 ans en liquide? Et bien les riches, très riches étrangers, ou plus exactement les non-résidents en France qui font leurs emplettes au Bon Marché, aux Galeries Lafayette, Avenue Montaigne et rue de la Paix. Jusqu’à présent, la paix, ils l’avaient, justement. Pour un achat de 15.000 euros en liquide, il n’y avait pas besoin de rendre de compte.

Ceci dit, leur vie ne va pas drastiquement changer. Les mesures Sapin prévoyait un abaissement de ce plafond à 10.000 euros, mais l’alliance du commerce qui rassemble ces grandes enseignes a obtenu gain de cause : le paiement sera tracé à partir de 10.000 euros dès 2016 quand une directive européenne entrera en vigueur. Tracé, mais pas interdit.

Laisser s’échanger des sommes en liquide aussi importantes paraît étonnant quand on veut lutter contre le terrorisme.

Mais l’argument des Printemps Haussmann et autre galeries est imparable: à Londres et en Suisse, il n’y aurait pas de plafond de paiement en liquide (je n'ai pas pu vérifier) et la concurrence est rude.

Qui plus est, les paiements en liquide, c’est de l’ordre de 20% du chiffre d’affaires de la haute joaillerie Avenue Montaigne. C’est culturel! Vous ne pouvez pas imposer à un Japonais, un Russe, un Allemand de se promener avec une carte bancaire, m’expliquait hier un des porte-parole de l’Alliance du Commerce selon lequel même le Quai d’Orsay le soutiendrait sur ce point.

Et puis les commerçants disent qu’ils ont « Pablo », le logiciel des douanes qui équipe tous les grands magasins. Dès 2016, la directive européenne qui entrera en vigueur obligera les commerçants à rentrer dans « Pablo » toutes les informations du client quand il paiera cash à partir de 10.000 euros.

On sent les commerçants du luxe très sceptiques sur l’efficacité de ces mesures. Leur argument est le suivant: on n’est pas dans un pays passoire. C’est pas parce qu’on achète une montre à 11.000 euros qu’on achète une kalachnikov.

Le gouvernement nous a déjà servi le même discours sur la chasse au cash contre les narcotrafiquants il y a quelques années, protestent-ils. Mais la vraie motivation du Ministre est avant tout fiscale : faire reculer la fraude aux impôts . Enfin, les commerçants sont convaincus que l’Etat veut faire disparaître les billets au coût inutile au profit de la numérisation. Et c’est vrai qu’on peut s’interroger : si l’objectif est réellement de lutter contre le terrorisme, pourquoi 2 poids 2 mesures entre les résidents français et les étrangers ?

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