Trois économistes, Pierre-Yves Geoffard, Brigitte Dormont et Jean Tirole, présentent aujourd’hui au Conseil d’Analyse Economique un rapport pour réformer en profondeur notre système d’assurance santé, qui représente 8 milliards d’euros de déficit en plus chaque année.

progression moins forte que prévu des dépenses d’assurance maladie en 2013
progression moins forte que prévu des dépenses d’assurance maladie en 2013 © reuters

C'est pour cette raison que nos trois économistes le disent de but en blanc: le système français et le pire d’Europe. C’est le plus inefficace et le plus cher parce qu’on cumule deux systèmes en parallèle : l’Assurance maladie et la mutuelle.

Nous sommes le seul pays à fonctionner ainsi.

Et tout commence quand vous remplissez votre feuille de Sécurité sociale.

Pierre-Yves Geoffard, directeur de l’Ecole d’Economie de Paris et co-auteur du rapport :

C’est ce système qui serait responsable du déficit de la Sécurité sociale, parce qu’il n’existe pas de logique globale et que vous naviguez toujours d’un interlocuteur à l’autre.

Ce sont donc des frais de gestion multipliés par 2.

Ensuite, quand vous avez deix payeurs pour la même dépense, vous n’avez pas d’obligation de résultat. Si la Sécurité sociale met en place un ticket modérateur pour certaines dépenses, elle sait très bien que la mutuelle prendra le relais.

Concernant les dépassements d’honoraires chez le médecin ou chez un spécialiste :c'est la même chose. Par exemple, pour ceux qui portent des lunettes, Bercy veut faire baisser le tarif du remboursement de base : de 350 à 200 euros…d'ici 2018. Et bien c'est logique : vous vous tournerez vers votre mutuelle.

Le problème, c’est que c'est ainsi pour chaque dépense de soin. Il n’y a pas de pilote dans l’avion, pas de logique globale, dénoncent les économistes.

Du coup les complémentaires santé se retrouvent à prendre en charge des dépenses à l’aveugle. Sans avoir de contrôle ni sur l’offre de soins, ni sur les priorités.

Les solutions proposées par les trois économistes pour sortir de ce système sont radicales .

Soit on choisit le tout Sécu : on nationalise la Sécurité sociale et ce qu’on choisit de rembourser, on le rembourse à 100%.

L’autre option, c’est l’organisation concurrentielle de l’Assurance maladie, avec des cotisations proportionnelles au revenu. Une Sécurité sociale organisée par les assureurs.

Deux politiques radicalement opposées. Le gouvernement, qui est lui aussi destinataire du rapport, devrait se prononcer sur ces conclusions dans les semaines qui viennent.

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