Don du sang
Don du sang © MaxPPP/La Provence/Nicolas Vallauri

Une grande mutation qui affecte le modèle économique du don de sang en France : à partir d’aujourd’hui, l’Etablissement français du sang n’a plus le droit ni de produire ni de délivrer le plasma thérapeutique. Les professionnels de la santé alertent sur un début de marchandisation du corps humain.

Quand vous avez donné votre sang, la dernière fois, vous avez gagné combien? Rien, en France, le don est anonyme et gratuit. Mais si vous l’aviez donné en Allemagne, en Chine ou aux Etats-Unis, votre sang aurait pu vous rapporter aux alentours de 50 dollars, que vous aurait versés la firme suisse Octapharma.

Octapharma : 5.500 salariés. Fonds de commerce: les protéines et le plasma humains. Dans son domaine, c’est la plus grande entreprise au monde.

Octapharma savoure, avec la fin du monopole de l'EFS, une vraie victoire après plus de 10 ans d’un intense lobbying à Bruxelles. Retour 14 ans en arrière : c’est là que la première brèche s’ouvre.

2001, une directive européenne autorise les entreprises privées à commercialiser certains produits dérivés du sang. C’est le cas du plasma dit thérapeutique, à partir du moment où il est traité selon un procédé industriel (en l’occurrence, un solvant-détergent).

Mais pendant plus de 10 ans, la France joue le village gaulois et réussit à contourner la règle par le biais du monopole de l’Etablissement Français du Sang.

En 2010, l’ex AFSSAPS, l’actuelle Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, va même plus loin et barre l’entrée du plasma d’Octapharma au marché français. Mais Octapharma persévère, saisit la justice européenne, qui finit par lui donner raison.

Le 23 juillet dernier, le Conseil d’Etat français entérine la décision, décision introduite dernièrement dans la loi de finance de la Sécurité Sociale.

Il n’est donc plus question de revenir en arrière. C’est bien pour cette raison que de nombreux professionnels de santé se sont mis en grève le 27 janvier dernier.

Outre la cinquantaine d’emplois supprimés à l’Etablissement Français du sang, conséquence directe de cette décision, ils voient derrière cette nouveauté une brèche. Et c’est vrai : les sociétés qui ont comme matière première le corps humain ne visent pas que le plasma, mais aussi le système de transfusion.

En même temps, diront certains, il est difficile de leur donner complètement tort: le système français était et reste un des plus cher au monde, en raison de sa situation de monopole. Ce qui est dommage, finalement, dans cette affaire, c’est que l’Etat n’ait pas donné à l’Etablissement français du Sang les moyens d’affronter la concurrence.

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