le medef veut développer l'apprentissage
le medef veut développer l'apprentissage © reuters

Le 5 mars dernier, le gouvernement a promulgué une loi qui réforme l'apprentissage et l’une des mesures phares du texte: les régions centralisent l'aide versée pour l'embauche d'un apprenti. Depuis, des centres de formation en passant par les artisans (les principaux recruteurs d'apprentis) et les chambres de commerce, la colère gronde.

D'abord parce qu'en France, les clichés sur l'apprentissage ont la vie dure . Avoir un fils apprenti, ce serait l'échec. Et l'entreprise, ce serait la bonne voie de garage quand on ne sait pas quoi faire de vous au collège.

Le nombre d'apprentis était déjà en chute libre (-8% à la dernière rentrée de septembre), mais les acteurs du secteur craignent une baisse plus importante encore après la loi qui vient de passer. Aujourd'hui, 435.000 apprentis sont formés chaque année. A Paris, la Chambre de commerce et d'industrie craint d'en perdre au moins 10.000, rien qu'en Ile-de-France.

D'abord à cause d'un tour de passe-passe dans le financement: entre ce que versent les chambres de commerce l'apprentissage et ce que les régions reversent effectivement aux entreprises, il y a un trou énorme.

La Cour des Comptes l'a même chiffré: 500 millions d’euros.

Ensuite les régions ont tendance à entretenir le cliché dont on parlait en favorisant l'apprentissage des CAP, comme une sorte de panacée au chômage des jeunes. Une manière de caser, en quelque sorte, les moins diplômés. Et ça, c'est illogique juge Pierre-Antoine Gailly, le président de la chambre de commerce d'île de France :

Il y a moins d’argent pour l’apprentissage et pourtant, quels que soient les secteurs, tous les professionnels le disent: l'apprentissage fonctionne quand on envoie les bons élèves.

Ce qu'ils disent, en somme, aux principaux de collège, c'est : « arrêtez de nous envoyer les élèves dont vous ne savez pas quoi faire. Parce que l'apprentissage, ça marche! ». Les apprentis se placent à 85% et restent dans le métier choisi. Il y a très peu de décrochage.

Ensuite, contrairement au cliché, c'est une formation qui se féminise et qui recrute aussi de bons élèves.Ernestine, par exemple que j'ai rencontrée chez Piano Beaumarchais (marchand de piano du 11ème arrondissement de Paris) a 19 ans, a eu son bac avec mention et aujourd'hui, elle y est apprentie accordeuse.

Aujourd'hui, les professionnels interpellent le gouvernement et réclament donc une modification de cette loi.

D'abord pour que l'on rétablisse la prime versée aux entreprises de plus de 10 salariés quand elles recrutent un apprenti et qui a été supprimée avec la loi.

Ensuite, l'union professionnelle des artisans va plus loin, et réclame un changement de contrat. Aujourd'hui quand vous signez pour un apprentissage, c'est un CDD de 2 ans. Si vous vous êtes trompé de voie, si vous cassez le contrat, vous vous retrouvez aux prud'hommes, ce qui n'est pas la meilleure entrée en matière dans le monde du travail.

Enfin, les artisans demandent à ce que l’on prenne en compte les besoins en logement comme pour les étudiants ordinaires. On est plus au temps où ils dormaient dans la remise…

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