Depuis le début de la mobilisation des chefs d’entreprises à Lyon cette semaine, on a pu entendre un certain nombre de griefs contre le gouvernement. Les patrons dénoncent ce qu’ils appellent l’accroissement écrasant de la fiscalité sur les entreprises depuis 2010. Un argument plus que discutable.

Jean-François Roubaud, président de la CGPME et Pierre Gattaz, le président du Médef
Jean-François Roubaud, président de la CGPME et Pierre Gattaz, le président du Médef © MaxPPP/Alexander Roth-Grisard

Voilà le MEDEF qui hurle au ras-le-bol fiscal alors qu’il a largement fait son beurre des dernières mesures en sa faveur.

Selon les calculs du Medef, le montant des impôts cumulés depuis 2010 atteindra en cette fin d'année 42 milliards d’euros. Et effectivement, présentée comme cela, la somme peut inciter à la compassion.

Sauf que le Medef oublie de faire une soustraction: celle du CICE, le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité, ce qui ramène la somme à des dimensions plus modestes: 26 milliards d’impôts de trop, diront évidemment les chefs d’entreprises.

Et puis, selon le rapport rédigé par les experts Henrik Enderlein et Jean Pisani-Ferry : pour le gouvernement, le total des aides publiques et crédits d’impôt versés aux entreprises privées s’élèverait à 4 points de PIB. C’est 80 milliards d’euros.

Ce qui faisait dire à Christian Chavagneux, le rédacteur en chef d’Alternatives Economiques, dans son blog: « Rendez-nous les 80 milliards ! » « Chiche: que ceux qui ne veulent pas payer d’impôts rendent les subventions et les crédits d’impôt ».

Et il y a aussi tout ce qui n’est pas payé par les entreprises

Il faut le rappeler: les entreprises françaises sont les championnes de la fraude fiscale: entre 40 et 50 milliards d’euros dissimulés au FISC chaque année. Sans compter la fraude SOCIALE : entre 20 et 25 milliards.

Et puis, tout ça, c’est aussi sans compter les baisses d’impôts auxquelles ont eu droit les entreprises sous Nicolas Sarkozy: 50 milliards de baisses d’impôts, de nouvelles subventions et 19 milliards de moins grâce à la réforme de la taxe professionnelle.

Donc au final, si on fait un bilan des charges pesant sur les épaules des patrons de 2010 à 2013, on voit bien qu’en matière d’impôts et de cotisations sociales, il n’y a pas eu d’augmentation pour le patronat. Une stabilisation : le terme est plus juste.

Dernier argument du MEDEF : les comparaisons avec les voisins européens…

Les patrons français disent, et à juste titre, que la part de leur valeur ajoutée versée aux impôts est plus importante qu’ailleurs.

Presque moitié plus qu’en Allemagne. Sauf qu'il se trouve que les Allemands sont bien plus généreux quand ils versent les salaires bruts à leurs salariés: 19% de plus qu’en France. Si on prend la Suisse, c’est même 80% de plus.

Et pourquoi el salaire brut est-il plus bas en France ? Parce qu’en France, on a choisi de mutualiser certaines dépenses: les cotisations ça veut aussi dire mutualisation des dépenses de santé, justement pour les faire baisser.

Y renoncer, c’est aussi tout un choix de société.

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